Nous souhaitions vous présenter plus en détail un artiste en particulier. Par intérêt personnel tout d’abord, mais aussi et surtout parce que Sopico est l’un des rappeurs les plus intéressants à décrypter en ce moment. En raison de son statut de futur crack tout d’abord, de son style caractéristique et de tous ceux qui gravitent autour de la nouvelle tête d’affiche estampillée 75e Session. Discret, mais porté par une reconnaissance grandissante, le MC du XVIIIè est en train de se faire tranquillement une place sur l’échiquier parisien. Chez Tany’s, on a peu de doutes sur son futur succès, et on vous explique ici pourquoi.

Le premier (immense) avantage de Sopico, est de pouvoir compter sur les structures de la 75e Session. Reconnu et expérimenté, le label est un tremplin indéniable depuis déjà quelques années; au point d’endosser le statut de centre de formation du rap indépendant parisien. Un véritable laboratoire qui a vu défiler de près ou de loin tout ce que cette génération Paris Sud compte de mieux, tout en cultivant une certaine variété artistique. De Népal à Georgio ou de Doum’s à Sanka, les « gens biens sous tout rapport » ont abreuvé un public de fidèle à haute fréquence ces derniers temps et créé un réseau de professionnels extrêmement liés. A ce titre pouvoir accéder à des beatmakers comme Sheldon et Diabi ou à des réalisateurs comme Zéphyr&5:am (ils sont vraiment partout, l’interview est toujours dispo ici) a donné à Sopico la posssibilité de donner très vite la pleine mesure de son talent. Si Time et 50/50, ses premiers succès étaient déjà de bonne qualité technique; la gradation dans ce domaine est criante. En témoigne Mojo, son premier vrai projet dont la forme (15 titres) aurait certainement été inaccessible ailleurs pour un artiste aussi jeune. Avant de rentrer plus en détail dans le vif du sujet, ont peut clore cette petite introduction dédiée à ses liaisons artistiques en rappelant que Sopico compte aussi parmi ses alliés certains des autres talentueux rookies de la capitale, de quoi envisager un certain nombre de coopérations enflammées. Mention spéciale au Panama Bende, Lonepsi et autres membres de LTF sur ce point.

Mais comme promis, revenons en à ce qui fait de Sopico un artiste aussi intéressant: sa capacité à s’accommoder de thèmes et sonorités très différentes tout en conservant une identité propre. Accoutumé des instrus douces et planantes comme sur Ciel Bleu ou Forteresse, le MC du XVIIIè sait aussi faire la différence sur des morceaux aux tonalités bien plus puissantes comme avec Mojo ou Mouvement. Il est assez dur de mettre des mots sur ce style, pourtant très marqué. Une sorte d’alliage de rimes bien tournées débitées avec un flow faussement nonchalant. Un détachement de façade auquel n’est sûrement pas étranger l’esprit subtil que l’on retrouve chez tous les artistes du XVIIIè. Sur chaque piste se retrouve aussi quelques enchaînements rapides et techniques, contrastants avec des instrus en apparence assez simple. Une simplicité qui correspond bien à Sopico, et permet à Sheldon d’inclure le plus souvent un ou plusieurs éléments synthétiques qui donnent une modernité globale au projet. Si ce dernier a produit tout l’album, le constat vaut aussi pour des morceaux comme Heat, dont l’instru est proposée par Loop Snatchers, où le même équilibre entre les différents éléments (instru, lyrics, flow) est respecté.

Pochette de Mojo, sorti en juin dernier

Autre élément capital, Sopico maîtrise les refrains. Rien d’incroyable pourrait-on penser, tant sa branche musicale consacre en premier lieu la qualité des couplets. Sauf que dans le cas présent, le sans-faute dans ce domaine équilibre chacun des morceaux de l’album, et donne de la profondeur à tout le reste. C’est certainement là-dessus que le MC se distingue le plus face aux autres espoirs de sa génération, et ce qui justifie aussi la forme que prend cet article. Car il était important pour nous de retranscrire au mieux l’étendue de la palette de Sopico. Une grande polyvalence encore un peu renforcée par la capacité du rappeur de réussir quelques enchaînements chantés. Robotique est à ce titre l’illustration parfaite de tout ce que nous venons d’évoquer. Un morceau construit autour de deux couplets sur-vitaminés, posés sur une prod’ surprenante aux accents modernes, le tout rehaussé d’un refrain fort et plein de savoir-faire. Robotique restera, dans tous les cas, l’un des morceaux les plus marquants de son début de carrière.



Pour finir ce portrait, il semblait évident de choisir un morceau à étudier en particulier. Le genre de morceaux dont on dit plus tard qu’ils ont été fondateurs, et qui disposent indéniablement d’un surplus d’âme qui les rend uniques.Pour ce qui est de l’oeuvre de Sopico, ce morceau c’est Matière. Accompagné de Sheldon (qui fournit à la fois l’instru et le premier couplet), notre rookie propose un refrain en deux parties absolument merveilleux. De quoi reléguer au second plan des couplets pourtant très réussis. Un titre lisse et soigné, incontestablement réussi qui incarne aussi la patte lyricale de l’artiste. Car tout l’univers extrêmement imagé et personnel que l’on rencontre dans les couplets de Mojo semble décuplé ici. Une sphère qui lui permet aussi d’aborder avec fraîcheur des thèmes déjà-vus comme avec Mama entre autres.

En bref, Sopico affiche déjà toutes les caractéristiques pour s’imposer au plus haut. Le temps nous dira dans quelle direction s’épanouira la nouvelle star du XVIIIè arrondissement, d’ici là Mojo saura largement nous faire patienter.