Partie 4/4

Fin août 2017, tandis que s’achève un nouvel été, l’heure est à la prise de recul. Alors que ton club de coeur s’active pour renforcer son effectif, quitte à poser l’équivalent du PIB estonien sur un défenseur limité, le vide musical des dernières semaines commence véritablement à se faire ressentir. En effet, tandis que l’actualité sportive reprenait ses droits, l’ensemble du rap français entamait son habituelle période de quasi-hibernation bien méritée; laissant par la même occasion l’intérim aux inépuisables confectionneurs de hits estivaux. Après une année scolaire (ou saison sportive si vous préférez) d’une richesse inouïe, l’ensemble du game devrait cependant se remettre bien vite en ordre de marche, afin d’entrer au plus vite dans une année 2017-2018 dont le casting et les collaborations annoncées font saliver d’avance. Alors plutôt que continuer à nous morfondre, nous est venue l’idée de dresser une fresque des derniers mois de hip-hop francophone, et ce à travers différentes catégories afin de rendre compte au mieux des différentes tendances et des évènements marquants observés depuis septembre.
Evidemment, cette liste est tout sauf exhaustive. Elle est fortement inspirée par la ligne éditoriale que nous tenons depuis nos débuts, et n’a pas vocation à se présenter comme une vérité générale. Tout juste espérons-nous que celle-ci saura rendre compte au mieux des avancées musicales, esthétiques et sociétales du rap français en 2016-2017. Cela, afin de traiter du maximum de thèmes… tout en tentant de gommer au mieux la différence de traitement engendrée par les notoriétés et moyens respectifs d’artistes parfois aux antipodes les uns-des autres

Cette dernière partie est principalement dédiée aux belles découvertes de l’année.

Titre pépite de la saison:

Nommés: Robin des blocs pour Pas d’légende, Ledé Markson pour 4Zoo, Brass pour Dimanche et Verso pour L’adolescent d’avant-hier.

Pas d’légende– Robin des blocs

4Zoo- Ledé Markson

Dimanche– Brass

L’adolescent d’avant-hier– Verso

Notre avis: Pour cette catégorie, nous avons souhaité consacrer quatre morceaux de tous jeunes artistes, ayant . Il a donc fallu placer une barrière un peu arbitraire de 25 000 vues sur YouTube, afin de délimiter le champ de cette catégorie un peu à part. Une exception a été faite pour le titre 4Zoo de Ledé Markson, sorti mi-2016 et un peu plus largement écouté que les trois autres. Une dérogation qui s’explique par la volonté de mettre en avant ici le meilleur de ce qui a été proposé sur les derniers mois sans pour autant jouir d’une reconnaissance suffisante à notre sens.

Verdict: Commençons par le dernier nommé, Verso, aujourd’hui tout proche de proposer un premier projet bien construit. Le parisien de 20 ans a assurément de la qualité à revendre, en témoigne la recherche de rythme qui marque l’écriture de ses couplets. L’adolescent d’avant-hier est aujourd’hui son titre le mieux construit,  déjà traversé par un certain univers propre. Bien sûr, un cap est encore à franchir à tous les niveaux, mais nous nous sommes laissé dire que l’EP Colère Calme (prévu pour Septembre) devrait être encore bien plus convaincant. Un nom à placer sur la liste des jeunes emcees à suivre dans un avenir plus ou moins proche.
Brass, quand à lui, s’est illustré par un titre assez rafraîchissant. Dans une ambiance plutôt cool, la fresque autour de laquelle il décrit le dernier jour de la semaine a tout d’un bon morceau décontracté. On notera une fois encore la réalisation par BSLPRD et le bon refrain par ailleurs.
Du côté de Ledé Markson, la démarche semble déjà plus aboutie que celle de ses compères figurant ici. Une question de moyens techniques et d’expérience certainement, puisque ce titre accompagne un projet plutôt homogène et encourageant. Certainement un peu éclipsé par ses compatriotes en cette année de grande percée du rap belge, il gagne peu à peu en crédibilité et semble en mesure de passer lui-aussi un cap.
Enfin, la très bonne surprise de ces derniers mois est venue de Créteil, par l’intermédiaire de Robin des Blocs. Absolument inconnu auparavant, ce dernier s’est donné les moyens de la réussite avec un magnifique clip venu donner une autre dimension à un texte intéressant. Plein de finesse, plutôt technique, ce dernier s’accommode parfaitement d’une instru volontairement assez simple.

Freestyle: 

Nommés: Le Hasard ou la Chance (Sopico), Grünt #31, Grünt #33, Série de freestyles de PLK

Le Hasard ou la Chance– Sopico (Colors)

Série de Freestyles– PLK

Grünt #31– Lord Esperanza, High Five Crew, Nelick, Tengo John

Grünt #33– Caballero, JeanJass, L’Or du Commun, La Smala, Seven, Isha…

Notre avis: Pour cette catégorie comme pour celle qui la précède, nous avons fait le choix de proposer différentes formes de contenu. Par freestyle, nous entendons donc ici toute forme de création musicale hors-morceaux figurant en tant que tel sur un projet fini. Le premier que nous avons sélectionné est la participation de Sopico au projet berlinois Colors. Joliment mis en scène, cet inédit acoustique à la guitare fera patienter ses plus fidèles suiveurs jusqu’à la sortie de son second album solo. Simplicité, élégance et innovation, tels pourraient être les mots résumant cette démarche expérimentée avec presque autant de brio par les francophones Doum’s, Slimka et Krisy. Quoi qu’il en soit, nombreux sont ceux à avoir hâte de voir d’autres rappeurs français faire le voyage jusqu’à la capitale allemande.
Dans un registre déjà plus courant, PLK a su se faire remarquer par une série de trois freestyles publiés pendant trois semaines consécutives. Dans le registre brut  qu’on lui connaissait déjà, le franco-polonais a poussé à son paroxysme son amour pour les titres empreints de rythmes et de détermination. Le résultat est assez ébouriffant, en témoigne les couplets du troisième freestyle (celui disponible ci-dessus). Un dernier coup d’éclat avant de rejoindre le label Panenka Music, histoire de s’affirmer plus que jamais comme un artiste à suivre de très près.
Enfin, Grünt a une nouvelle fois tenue son rôle de dénicheuse de talents tout autant que de miroir à tendances avec deux épisodes qui auront particulièrement marqué les derniers mois. Le premier, trente-et-unième de la série, a en effet donné du crédit et une nouvelle dimension morale à un certain nombre de jeunes parisiens à la vision plutôt novatrice. Parmi eux, Eden Dillinger, Tengo John et Lord Esperanza. Le casting complet, en somme, de ce que nous avions décrit comme les meilleurs premiers projets sortis sur la période étudiée ici. En résulte un très bon freestyle, aux ambiances variées et aux surprises nombreuses.
Le Grünt #33, lui, restera comme l’un des temps forts du rap belge en 2017. Extrêmement attendu, ce freestyle aux allures de réunion de la structure bruxelloise Back in the Dayz est la preuve ultime de la qualité du vivier belge. En pleine expansion, ce dernier aura donc été fidèle à sa réputation en terme de coopération en son sein. Une nouvelle fois, on saluera le sans-faute de Costo sur la mixtape instrumentale, avec une petite pensée en plus pour la première piste jouée.

Verdict: En terme de portée, le Grünt #33 semble définitivement le freestyle de l’année. Une aura logique, liée à sa qualité intrinsèque et l’intérêt profond du public pour l’école belge (après de nombreuses années dans l’ombre de la scène francophone). On retiendra aussi le rafraîchissant freestyle de Sopico, pour lequel on ne trouve rien à redire tant sur la forme que sur le fond adoptés.

Rookies à suivre (toutes catégories confondues):

Nommés: Blaiz et Vaga, Verso, Piège,  LaSmoul, Pierrick Suu

Blaiz et Vaga (Boulogne)

Verso (Paris)

Piège (Paris)- Beatmaker

LaSmoul (Paris)- Beatmaker/DJ

Pierrick Suu (Boulogne)- Réalisateur

Avant de clore définitivement cette série d’articles, nous tenions à dire quelques mots de jeunes pousses dont on sait qu’elle ne seront certainement pas dans la pleine lumière d’ici quelques mois, mais dont nous pensons qu’elles constituent à moyen terme un petit bout du futur du hip-hop francophone. Au premier rang de ceux-ci; le duo de Boulogne Blaiz et Vaga, dont la progression technique a elle seule ne suffirait pas à justifier l’agitation qui se crée petit à petit autour d’eux. En effet, une atmosphère particulière semble se dégager de leurs premiers titres, chose inexplicable et extrêmement rare pour des artistes aussi jeunes. L’intérêt naissant autour de leurs projets devrait certainement les aider à gommer les quelques défauts encore perceptibles, d’autant que le duo est déjà bien entouré et propose des clips de qualité déjà professionnelle (voir plus bas à ce sujet). Interview disponible ici 
Nous avons déjà eu l’occasion évoquer le cas de Verso, plus précisément par le biais de son meilleur titre jusqu’ici. Que dire de plus à son sujet ? Certainement que de moins en moins d’éléments rationnels semblent se dresser sur la route de son éclosion. Si ce que l’on nous a glissé à l’oreille se révèle exact, alors le parisien devrait faire parler de lui bien plus vite que l’on ne l’imagine.
Pour ce qui est des beatmakers, deux noms nous viennent immédiatement en tête lorsque l’on parle de forts potentiels: Piège et LaSmoul. Proche du High Five Crew, le premier nommé a notamment produit une piste de l’EP OLAF (Un sceptre pour un spectre) et certains morceaux inédits de Lord Esperanza. On attend donc de lui quelques nouveaux éclairs à partir de la rentrée, de quoi se faire véritablement un nom parmi les producteurs de sa génération. LaSmoul, lui peut compter sur la qualité des artistes gravitant autour de Don Dada pour engranger confiance et expérience. En tournée avec Fixpen Sill puis présent sur l’album d’Infinit’, il se pourrait bien qu’il franchisse un nouveau pallier en collaborant enfin avec la référence Alpha Wann. D’ici à ce qu’il figure parmi les DJ’s les plus en vogue du game, vous pouvez toujours en apprendre plus sur son parcours en lisant l’interview qu’il nous a lui-aussi consacré (ici).
Enfin, un tout jeune réalisateur passionné et amateur nous a fait forte impression au cours des derniers mois. Ce jeune à fort potentiel se nomme Pierrick Suu et réalise jusqu’ici un sans-faute en terme de technique et de mise en scène. Des rendus toujours réussis, déconcertants de la part d’un si jeune esthète. Nul doute que plusieurs artistes parisiens devraient collaborer sous peu avec la plus inattendue des découvertes, de quoi franchir quelques paliers avant de se tourner pourquoi pas vers le septième art.

Ceux qui feront 2018:

La fin de cette série de quatre articles sur l’année écoulée nous offre une transition toute trouvée vers un prochain projet. En effet, une partie des prochains sujets sera consacrée aux artistes prometteurs dont on peut légitimement penser qu’ils feront l’année 2018. Après avoir déjà évoqué il y a quelques semaines le cas de l’exceptionnel duo OZ (ici), et un peu plus tôt celui de Sopico (ici), nous nous pencherons donc sur ceux qui portent actuellement nos meilleurs espoirs dans leurs domaines respectifs. Devraient ainsi être passé au crible les différents atouts et débuts de carrière des déjà reconnus Krisy, Ash Kidd et Roméo Elvis. A ces trois MC’s, il faudra ajouter une étude plus poussée de la génération révélée par le Grünt #31 mais aussi sur Népal et PLK. Restez donc à l’affut.