Si l’industrie de la musique classique, et ses diverses branches, ont longtemps pu paraître bridées par un conformisme très entretenu; cet aspect s’est estompé de façon assez fulgurante au cours des dernières années. Et si ce genre musical est aujourd’hui en plein renouveau, il le doit en grande partie à une génération d’artistes en tous points minimalistes. De fait, cet ensemble hétérogène et très international de compositeurs, a su recentrer son activité autour de sonorités plus accessibles; sans sacrifier pour autant l’essence et la qualité de son travail. En témoigne les très bons chiffres d’écoutes dont peuvent se vanter les plus célèbres de ces artistes, mais aussi le prestige qui continue d’entourer leur activité. L’islandais Ólafur Arnalds est ainsi écouté chaque mois par près de deux millions d’amateurs sur la seule plateforme Spotify, là où V. Olaffson réunit quant à lui neuf-cent mille âmes. Côté francophone citons rapidement, et à titre d’exemple, Sofiane Pamart et Chilly Gonzales qui cumulent à eux deux six-cent mille auditeurs. 

Pour autant, notre sujet du jour n’est pas tant de compter les âmes mélophiles, que de mettre en lumière les répercussions visuelles de ces transformations profondes. Car si la musique classique s’écoute avant toute chose, elle commence à se laisser apprécier sous l’angle des pochettes qui l’accompagnent. 

Ainsi, si les choix des maisons de disques traditionnelles restent souvent assez lourds et peu attractif visuellement, il n’en demeure pas moins que le tournant musical minimaliste se retrouve largement dans le choix des illustrations. Dès lors, tous les genres musicaux devraient sans doute se pencher sur cette mise à distance de codes anciens. De sorte que, par une prise de risque très mesurée, l’oeuvre de nombreux artistes aux carrières très diverses pourrait paraître d’un coup plus moderne, originale et personnelle.

Côté classique minimaliste, un simple coup d’oeil en direction d’une playlist spécialisée devrait vous offrir un aperçu de la diversité qui y règne actuellement, et vous donner l’envie de vous pencher sur quelques albums. C’est d’ailleurs sur ce point, le plus important, qu’il faut saluer la présence d’esprit de certains. Là où leur style se répand petit à petit, auprès de néophytes plus habitués aux bibliothèques universitaires qu’aux halls d’opéras; il serait extrêmement dommage de se retrouver noyer dans la masse de compositeurs et d’interprètes. Distinguer les touches personnelles de pianistes aux inspirations mélancoliques peut être ardu, surtout lorsque l’on se sert de leurs oeuvres comme d’un fond sonore propice à la concentration. En revanche, tout un chacun peut trouver bien plus facilement ce qui attire son oeil, dans la foule de pochettes carrées dont la place est devenue centrale sur les sites de streaming. 

Là où certains jouent la carte des textures quasi-palpables (Arnalds pour re:member,  Quentin Sirjacq pour Far Islands and Near Places ou encore Eluvium avec False Readings On), d’autres préfèrent travailler autour des nuances de noir et blanc (Martin Stock sur l’ensemble de ses projets, RIOPY et Max Richter très régulièrement aussi). Pour autant, minimalisme rime aussi avec couleurs vives notamment chez Nils Frahm (All Armed, Juno Reworked,), Martyn Heyne (Electric Intervals), mais aussi Terekke, Alexandra Streliski, Jean-Michel Blais ou Wouter Dewit. 

Enfin, le bleu sous toutes ses formes reste l’incontournable majeur. En témoignent EUSA de Yann Tiersen, Dyad 1909 de Ólafur Arnalds ou encore Max Richter pour The Blue Notebooks. Tous trois sont d’ailleurs des artistes particulièrement influents de cette branche. Plus récent encore, la superbe série de visage féminins esquissés d’un trait blanc sur un fond bleu roi, par Sofiane Pamart pour illustrer ses singles au nom de métropoles.

Paris Sofiane Pamart

Far Islands Near PlacesQuentin Sirjacq

Broken Access Theo Alexander 

 False Reading On – Eluvium 

Remember Tomorrow – C.C. Poetzsch

Only YouEmilie Levienaise-Farrouch

Esja – Hania Rani

Inland – Vanessa Wagner  

re:member– Ólafur Arnalds

Ainsi, si il nous est impossible de vous partager l’ensemble de nos coups de coeur; nous ne pouvons que vous inviter à découvrir par vous-mêmes cet univers tant musical que graphique. Et si vous êtes artiste vous-même, à ne pas hésiter à vous inspirer des plus beaux exemples que vous pourrez trouver.

Adrien Dupin