Lorsque l’on évoque les nouveaux talents de la scène indépendante française un nom reviens très naturellement et avec insistance; celui du Panama Bende. Efficace, déjà expérimenté et surtout très populaire, le collectif parisien a incontestablement les ressources pour s’assurer une place pérenne en haut de l’affiche. Un succès grandissant du à un statut unique, et généré par l’association de styles très différent que l’on trouve chez ses sept membres. Et si ces derniers ont acquis une maturité suffisante pour sortir un second projet dans les semaines à venir (malgré une moyenne d’âge extrêmement faible), c’est que leur carrière a déjà connue un nombre impressionnant d’étapes. Le fait de remplir aussi aisément les salles dans toute la France alors même qu’aucun album n’a encore été proposé est révélateur de l’attraction que représentent déjà la prometteuse association. Le début de leur tournée, et la sortie très proche d’un projet de douze titres sont l’occasion de revenir sur un parcours peu commun, mais aussi de constater les éléments qui pourraient en faire une valeur très sûre des prochaines années.

Le premier point à aborder, le plus important, est la côte de popularité impressionnante dont jouit déjà le Panama Bende. Un public à la fidélité avérée, acquis de longue date en partie grâce la multiplication des projets underground et une utilisation des réseaux sociaux que n’aurait pas reniée le maître en la matière Fonky Flav’. Car il faut bien reconnaître au groupe une gestion de sa communication exemplaire. De l’Instagram iconique d’Ormaz au compte Twitter culte de Zeurti, tous ont su générer une attente certaine autour de leur actualité qu’elle soit collective ou solo. De quoi rivaliser en terme d’exposition médiatique avec des artistes établis, tout cela avec une moyenne d’âge approximative de vingt ans et un statut de rookies à défendre. Pas besoin de vous faire un dessin concernant les bénéfices tirés d’un tel atout, tant l’année écoulée nous a montrée à quel point la communication est désormais la pierre angulaire d’une industrie dans laquelle chaque mouvement est scruté et décortiqué.

En plus de susciter plus ou moins naturellement l’attention d’un public dont il est extrêmement proche, le collectif compte de nombreux faits d’armes. Si les sept acolytes peuvent se vanter d’avoir joué au Bataclan dés 17 ans, ils ont aussi un Grünt très reconnu à leur actif, un bon EP et quelques performances live brûlantes. C’est avant tout ce genre de performances marquantes qui leur permet de surnager face aux innombrables artistes de leur génération. Avec Avé comme symbole le plus criant de cette faculté à proposer un contenu qui marque les esprits.

Capture d’écran, Instagram d’Ormaz

Pourtant, le plus impressionnant n’est pas là. En effet, la vraie particularité du Panama Bende est de réunir harmonieusement des artistes aux influences et styles aussi divers. Si Aladin est aujourd’hui la tête la plus familière du grand public grâce à un album récent (le feat Indigo a marqué les esprits à juste titre) et une stabilité au plus haut assurée depuis déjà plusieurs années et (les featurings avec Georgio et Nekfeu en témoignent), les six autres possèdent tous des caractéristique propre ultra-intéressante. OZ, le duo entre Ormaz et Zeurti est sans doute à ce titre le plus intéressant. Sombres, parfois crues, leurs collaborations sur des instrus toujours superbes en font tout simplement le duo au plus fort potentiel des dernières années dans ce style. Matrice, Ose, Danse avec mon ombre et Professionnel (Ormaz seul) sont des petits chefs d’oeuvre, largement suffisants pour mettre l’eau à la bouche de tous les amateurs de ce type d’alliance où le texte frappe aussi fort que l’instru est douce.

Une production à des années lumières de ce que peuvent proposer en solo Lesram et PLK, beaucoup plus street dans l’attitude et dans l’attachement à la Seine-Saint-Denis. Presque aussi loin des influences très Paris Sud (derrière la caméra comme derrière le mic’) du talentueux Elyo. Enfin, ASF fait lui aussi l’unanimité grâce à un profil ultra complet sous l’oeil bienveillant des grands frères de L’Entourage.

On l’aura compris donc, c’est le fait de s’unir pour offrir des morceaux aussi forts et bien ficelés que Smooth La, qui permet de conserver cette forme de collectif improbable sur le papier et si dur à gérer lorsque les carrières solo commencent elles aussi à décoller. 
D’autant que Bende a multiplié les choix stratégiques judicieux et réuni certains des meilleurs collaborateurs à ses côtés. De KLM à Asot One à la prod’; et de Zéphyr&5:am à BSLP niveau clip on aurait difficilement pu faire mieux. D’autant que Sheldon de la 75e Session est toujours dans les parages pour fournir des instrus comme celles de Dayz ou Matrice qui resteront parmi les meilleures utilisées par le PB. Un professionnalisme impressionnant donc, qui a permis au groupe de franchir une à une les étapes avec des moyens de plus en plus conséquents. Jusqu’à remplir la Cigale en mai, entamer une tournée à Lyon le 6 avril et proposer un album dans la foulée de l’EP sorti il y a un an.

On suivra donc avec une attention toute particulière la trajectoire solo de ces sept talents au potentiel immense; et plus grand encore leur carrière collective. La France du rap a désormais les yeux braqués sur une équipe qui va devoir gérer une pression venue naturellement avec cette ascension précoce. Mais de la Seine-Saint-Denis aux Hauts-de-Seine et du treizième au Pré-Saint-Gervais, on est déjà certain de la réussite à venir de la « jeune élite de France »

Au Transbordeur le jeudi 6 avril aux modalités détaillées ici