OZ: duo le plus prometteur d’une génération dorée

Inséparable duo au sein du collectif parisien Panama Bende, Ormaz et Zeurti ont toutes les caractéristiques du duo ultime. Complémentaires, précis et techniques, les deux MC’s et leur style à part pourraient bien marquer l’histoire artistique d’une génération plus que dorée: la leur. Après s’être distingués sur un certain nombres d’inédits et sur l’EP Marée Basse (2015), la poursuite de leur ascension en groupe a menée les deux membres d’OZ aux portes d’un vrai succès d’estime et de la notoriété. La sortie récente de l’album ADN est donc l’occasion de s’immiscer dans l’univers vaste et hors du temps de deux des artistes les plus complets des dernières années.

OZ débarque, pose, t’initie

La première chose que l’on remarque en se penchant sur le parcours du duo, c’est que rien ou presque n’est à jeter dans leur discographie. Une maturité impressionnante, d’autant plus frappante quand on sait que tous deux frôlent à peine la vingtaine et comptent déjà trois années de labeur depuis leur première apparition nationale, à savoir le Grünt #15 dédié à Alpha Wann. Pour ce qui est de l’identité musicale du duo, elle est à chercher du côté de l’alchimie inédite qu’Ormaz et Zeurti ont réussi à imposer très tôt entre leurs instrus et leurs textes. D’un côté, des Faces B et créations originales à la simplicité et l’influence old school complètement assumée, de l’autre des couplets modernes et à la construction extrêmement travaillée. Un assortiment qui frôle la perfection, renforcé encore un peu par les nombreux samples (autant de clins d’oeil au hip hop d’antan, qu’il soit français ou américain) délicatement insérés dans cet ensemble déjà bien fourni.
Et c’est donc entre les voix des X-Men, de Fabe, d’Alpha Wann ou encore de la Fonky Family que Zeu et son acolyte ont peu à peu développé une signature textuelle qui rappelle furieusement celle de Lunatic par bien des aspects. Thèmes sombres, multi-syllabiques et homogénéité du projet Marée Basse auront fini de nous convaincre de la puissance potentielle du duo.

Matrice, morceau proposé à l’automne 2015 est d’ailleurs le meilleur exemple des influences, de l’univers et des choix d’Ormaz et Zeurti. Introduit par un remarquable extrait du film Matrix, les couplets de Zeu puis de son binôme font figure d’exemple de ce que l’on pourrait qualifier de simplicité complexe. Empreint d’émotions et de clins d’oeil, le titre est en effet remarquable de maturité et de perfection dans la construction. Si l’on  ajoute à cela les excellents Satan comme p’tit coeur et Ose (début 2015), on obtient un bon aperçu de ce petit quelque chose qui différencie OZ des autres duos de la scène indé. Un petit quelque chose sur lequel il est difficile de poser des mots, mais que l’on retrouve aussi dans l’incroyable outro d’Ose, court extrait d’un inédit qui n’a jamais vu le jour.


Extrait inédit à 4:07

Ormaz: technique, image, spleen et 90’s 

@gallery_of_ormaz

A cet ensemble dont on ne cesse de vous décrire la qualité, on peut ajouter sans aucun doute une série de solos d’Ormaz. Parmi ceux-là, Aniki ou Professionnel (produit par le génial Népal/KLM) très clairement posés dans la même direction artistiques que les morceaux énumérés ci-dessus. Truffés de lignes imagées, les longs couplets du rappeur du 93 nous téléportent immédiatement dans les 90’s, au rythme de nouveaux samples de tous temps et mélodies empreintes de mélancolie. Hors du temps, c’est d’ailleurs ce que l’on pourrait aisément dire de Danse avec mon ombre. Déjà vieux de près de deux ans, le meilleur titre du polyvalent membre de la Confrérie concentre à la fois l’émotion propre à l’oeuvre d’OZ, la signature technique des membres du Dojoklan et les illustres références qui parlent tant à son public qu’à lui même.


Prod: Elite

Enfin, le dernier pilier de l’univers d’Ormaz est à chercher du côté de son compte Instagram aussi riche qu’éclectique. Un certain talent pour la communication visuelle, qui en fait l’un des français à la communication la plus propre dans un domaine incontournable en cette année 2017. Un atout de plus aux allures de joker, bonus avec lequel le rappeur d’Épinay lie plus que jamais art écrit et outils de son époque.


Zeurti: noirceur et coups d’éclats 

Du côté de Zeurti, c’est une noirceur textuelle plus crue que ne l’est celle de son acolyte qui nous est proposée en solo. Sans doute plus porté vers les bangers qu’Ormaz, le rappeur de l’intarissable XVIIIè arrondissement a surtout fait parlé de lui grâce à une très bonne série constituée des différentes versions nommées 404. Excellent lorsqu’il s’agit d’imager ses couplets, le parisien a su créer par ce biais une sphère qui sent bon le « football vrai » des Gattuso et Neeskens, les aventures des personnages de séries policières et l’état d’esprit des parisiens de la rive nord.

Capture d’écran, 404 #3 pt.2

Dépositaire lui aussi d’un style visuel assez personnel, Zeu s’épanouit certainement le mieux dans une vibe un peu plus moderne des instrus simples que le duo affectionne tant. La meilleure illustration de cette aisance est sûrement le second couplet de 404 not found (premier du nom).

Côté réseaux sociaux, Zeurti a pour lui la notoriété de son compte Twitter. Là où l’on évoquait la sensibilité imagée d’Ormaz, le parisien ne s’embarrasse que peu des considérations liées au politiquement correct lorsqu’il s’agit de retranscrire en 140 caractères une humeur souvent sombre. Porté disparu à de nombreuses reprises sur la plateforme, il utilise régulièrement celle-ci pour préciser sa vision et abreuver fans et concurrence de références et punchlines osées.

Panama, Confrérie et Grünt et autres expériences musicales 

Bien évidemment, il aurait été extrêmement réducteur de limiter notre propos à la carrière solo et en binôme des deux artistes. Tout d’abord, parce que Ormaz et Zeurti ont su s’épanouir de la même manière au sein du collectif sur-prometteur auquel ils appartiennent; mais aussi et surtout parce que quiconque a déjà vu un concert du Panama Bende connaît l’efficacité scénique du duo aussi polyvalent qu’il a de l’énergie à revendre. Si ils s’étaient déjà illustrés en 2014 avec PLK sur le titre Foreign (et même dés 2013 et le couplet indécent de Zeurti sur le freestyle Rosa Parks), c’est bien à sept que célébrité et reconnaissance ont commencées à se faire sentir.
Le premier vrai déclic dans ce sens date certainement de juillet 2014 et du Grünt #20 où la moyenne d’âge du groupe ne devait guère dépasser 16 ans (!!!). Pur moment de rap, fondateur et homogène, ce freestyle marque donc le début de la renommée nationale pour OZ. Avec pas moins de 13 couplets à eux deux, les MC’s y démontrent tranquillement leurs talents sur des instrus aussi diverses que possible. La liste complète de leurs apparitions, présentée ci-dessous, comprends notamment le couplet stratosphérique d’Ormaz à 15:13.


Zeurti: 1,40 // 6,50 // 15, 57 // 19,17 // 27,45
Ormaz: 3,20 // 8,16 // 13,00 // 14,06 // 15:13 // 21,14 // 25,21 // 29,32

Enfin, avec la percée progressive du collectif parisien, Ormaz et Zeurti ont pu s’illustrer à de multiples reprises, que ce soit sur Bende Mafia ou ADN. On retiendra à ce titre le couplet technique d’Ormaz sur le mythique Avé, celui de Zeu sur Bende Mafia ou encore leur double intervention sur SmoothLa. 

Avec ADN, les deux acolytes sont revenus à la charge avec une vivacité toujours aussi forte. Tout cela, sans oublier d’évoluer sur la forme afin de coller au mieux à la trame générale d’un projet volontairement moderne (si ce n’est avant-gardiste). En témoigne le morceau Flex, marquée de la classe d’un Ormaz qui se permet de poser son couplet, le pont et le refrain à la suite; et du très bon seize de Zeu. On note aussi en passant, deux nouvelle interventions quasi-parfaites placées sur Molo…
Plutôt que de tomber dans une énumération un peu fade de toutes les interventions d’OZ sur le projet, on préfèrera encore vous les laisser découvrir par vous même, tout en prêtant tout de même une oreille attentive à ce que propose Zeurti sur Pas Encore.

Instagram d’Ormaz

En guise de conclusion de ce long article, une seule phrase devrait suffire en plus de celle-ci. OZ est le binôme du futur, tant pour la scène parisienne que pour celle de l’indépendance au sens large, et vous ne pourrez pas dire que vous n’étiez pas prévenu.