En cette période de rentrée pour Tany’s, il nous a semblé approprié de revenir en un article sur les bonnes surprises et autres projets qualitatifs délivrés depuis le début de l’année 2019. Alors que l’été fut aussi calme que possible, les prochains mois seront chargés: Vald, Lefa, PLK, Dinos et SCH sont notamment attendus (avec plus ou moins de certitudes) du côté des têtes d’affiches. Si nous ne manquerons pas non plus les prochains opus d’artistes tels que Sheldon, M le Maudit ou encore Isha; l’heure est déjà à un premier partage de nos impressions et de nos coups de coeurs.

Partie 1/2: Les artistes qui montent

BO Y Z – Prince Waly

Dès le mois de janvier, Prince Waly dégainait BO Y Z, projet solo succédant au très réussi Junior qui en avait fait plus que jamais un artiste à suivre. Des six featurings sur les neufs titres que compte l’EP, nous avons été très agréablement surpris de retrouver notamment les voix de Triplego et Alpha Wann. Fidèle à son style très identifié, le rappeur de Montreuil n’a pas hésité à jouer sur la diversité de ses invités pour explorer quelques ambiances nouvelles. A ce titre, le refrain de Feu! Chatterton sur la dernière piste a suscité quelques tacles indélicats et assez peu étayés par voie de presse. Des critiques auxquelles Waly pourra toujours répondre par son flegme légendaire, mis en avant sur une pochette très réussie. Plus globalement, qu’il est agréable de voir de la prise de risque et de l’inattendu sur ce segment. Vite, donnez nous un album !

Machakil – Triplego

Le duo, montreuillois lui aussi, misait beaucoup sur la sortie de son premier projet de cette ampleur. En témoigne l’EP #EnAttendantMachakil, délivré mi-2018, qui en donnait un avant-goût et avait retenu notre attention. Concernant l’album, il nous propulse indéniablement dans un concentré de rap assez unique en France: aussi conceptuel par moments, que brut par ailleurs. Chacun des morceaux ou presque, pourrait être étudié sous le prisme de sa construction; domaine dans lequel la formation excelle. Le mélange de tonalités électroniques, orientales et mélancoliques était déjà une marque de fabrique de Triplego; il est ici poussé à son paroxysme. Incontestablement, Machakil est l’un des albums les plus intéressants proposés depuis quelques années sur la scène française. Si les comparaisons avec le « cloud rap » que PNL incarnait à ses débuts sont parfois fondées et ne devraient donc pas s’arrêter, chacun se fera un avis sur la les différences qui séparent les deux formations. La grande profondeur qui transparaît notamment des refrains, est d’ailleurs un premier élément en ce sens.  Un vrai coup de coeur. 

Loud en 2017

Alors que le québécois s’est fait connaître par sa volonté d’imposer une certaine prestance et par des textes teintés d’une arrogance plutôt finement dosée; son premier EP post-succès aurait rapidement pu tomber dans l’écueil d’un égotrip sans limite. Un piège déjà vu chez tant d’autres, mais dont il n’en nullement cas ici. En dix pistes, Tout ça pour ça éclaire grandement sur l’état d’esprit actuel du canadien, et sur l’absence de satiété qu’a entraînée sa montée en puissance artistique. Sans se borner à une critique facile de la notoriété, Loud y expose son envie d’aller toujours plus haut, tout en préservant un équilibre personnel fragilisé par son mode de vie. Si Médailles et Off the Grid sont incontestablement dans la lignée de ce que l’on connaissait de lui, la (très bonne) surprise vient notamment de Sometimes, All The Time en featuring avec Charlotte Cardin. Reste donc un projet équilibré, laissant entrevoir de très bonnes choses pour un probable premier album. D’ici là, Loud continuera de performer des deux côtés de l’Atlantique; et donc de s’interroger sur les moyens de stabiliser quelque peu son existence. 

Tristesse Business: Saison 1 – Luidj

Le premier album de Luidji est sorti peu avant l’été, et nous ne sommes pas loin de penser qu’il puisse figurer dans une sélection des tous meilleurs projets de 2019 dans quelques années. Pensé comme une introspection extrêmement poussée, Tristesse Business : Saison 1 n’élude aucunement les doutes et les erreurs de son créateur. Ponctué de nombreux inserts de dialogues, l’album n’en est que plus humain. Tantôt brut, tantôt réaliste, le propos reste assez équilibré et bien plus favorable à la gent féminine qu’il pourrait le paraître de prime abord. Critique vis-à-vis de ses conquêtes Luidji n’en profites pas moins pour faire le bilan de ses propres erreurs. En ressort un portrait attachant, construit autour de traits de personnalité dans lesquels beaucoup pourraient se reconnaître. D’un attrait indéniable pour la culture, au dégoût viscéral pour le paraître dans lequel se complaisent certains de ses proches; le poète nous transporte dans un ensemble cohérent. Surtout, l’intérêt de son récit réside dans la descriptions faite, non des personnages en eux-même, mais plutôt des liens tissés avec lui. On se surprend déjà à attendre la sortie d’un hypothétique second volet, ce que laisse très probablement présager le titre de l’album.

Radio Suicide – Makala

Sorti le 21 juin 2019, le premier album de Makala, rappeur en provenance de Genève, n’a cessé d’étonner. Nommé mystérieusement Radio Suicide, ce premier opus est, disons-le, difficile à définir. Ceci, tant la fraîcheur des sonorités et l’enchaînement des 21 pistes le composant se démarquent des tendances actuelles. Slalomant entre flow rappé, mélodies suaves, et morceaux plus bruts, Makala affirme, à travers ce projet, une présence plus que prometteuse sur ce segment musical de plus en plus concurrentiel. Il sera bien difficile de lui trouver un alter-ego à la hauteur, bien que la diversité de ce milieu laisse émerger régulièrement des points de comparaisons entre artistes. Bien sur, impossible d’évoquer le suisse sans mentionner le collectif SuperWak Clique dont il est membre. Slimka et Varnish La Piscine, indissociables membres de cette bande sont d’ailleurs présents sur l’album. Une connexion autour d’un même état d’esprit, résumé ainsi: « La maîtrise d’un OG avec l’esprit d’un rookie ». Avec Makala, nul doute que la Suisse a encore de belles années rap devant elle. 

Vréalité – Kekra

Il est aisé d’avancer que, comme chaque année, l’album de Kekra était attendu. Tant de choses contradictoires ont été dites au sujet de cet artiste mystérieux, que le huitième de ses projets ne pouvait que nous étonner. Si ses influences visuelles japonaises ( Méfiant/Lequel ou l’inattendu morceau 9 Milli) sont devenus une signature au fil du temps, c’est dans le désert que Kekra a choisi d’installer Vréalité avec le clip Lights Out réalisé en exclusivité pour CliqueTV. Alors que les attractions précédentes étaient les inspirations UK Garage, ou les samples d’artistes tels que Lenny Kravitz (I Belong To You); l’immense majorité de l’attente générée tournait cette fois autour du premier featuring de sa carrière. Sur la quatrième piste du projet Kekra, choisit donc de faire intervenir Niska pour une collaboration aussi surprenante que réussie. Un morceau lui permettant de rencontrer une exposition relativement large, et de casser quelque peu l’image d’artiste solitaire qui lui était associée. Pour autant, le projet ne se limite pas à cela, et nos préférences vont à Chut pour son flow atypique à la 21 Savage, Aznavour pour ses tonalités caractéristique ou Doré; interlude aussi estivale que son instrumentale est agressive. Malgré le masque, Kekra n’a pas fini de se faire remarquer par les surprises qu’il génère à chaque sortie. 

Période d’essai – Kobo

Dernier de cette courte liste de rappeurs qui montent, Kobo était encore une figure inconnue  il y a peu. Outre le morceau What’s my name sorti en 2016 et un passage réussi pour Rentre dans le cercle en décembre 2017, Kobo s’était effectivement fait très discret. Quelques singles relayés par Damso et le clip de Baltimore (titre d’ailleurs présent sur le projet) lui avaient ensuite valus une exposition un peu plus grande; mais ce projet se donnait indéniablement pour mission de faire découvrir son univers. C’est ainsi que l’on découvrait Période d’essai le 24 mai, dont le titre évoque immédiatement une ébauche, avant une possible installation durable dans le paysage rap. Il semble désormais assez facile d’affirmer que l’avenir du belge devrait réserver de bonnes surprises, entre un rap presque chanté aux tonalités assez mélancoliques, et une ambiance plus sobre et brute. L’impression de travail complet et poussé, est renforcée par la recherche visuelle émanant du clip Nostalgie x Succès. Une création du réalisateur Antoine Besse, qui nous donne envie de suivre son évolution. 

Luc Fournel et Adrien Dupin

Une deuxième partie de cet article est dédiée aux artistes dont la carrière était déjà plus établie au premier janvier de cette année. N’hésitez pas à la découvrir  d’ici quelques jours