1/Pour commencer, est-ce que vous pourriez présenter votre duo ?

On est deux ex-bordelais qui se sont retrouvés avec un appareil photo, notre rencontre s’est faite il y a 5 ans sur un tournage et on ne s’est jamais lâchés depuis. On a eu une première période d’activité assez intense à Bordeaux à partir de 2012, mais tout a commencé à être plus pro quand on est monté à Paris. En fait, à partir du moment où on a été invité par Steve Lejeune à réaliser les Rap Contenders 8, on a senti un vrai changement dans notre façon de travailler.

2/Si vous deviez mettre des mots sur le rôle de réalisateur dans ce milieu ce serait…

C’est a la fois quelque chose d’hyper important vu qu’on est dans l’ère du visuel mais a la fois très anecdotique vu que très peu de gens savent qui est derrière tel ou tel clip. Aujourd’hui, on est dans une époque où il est quasi-impossible pour un artiste de faire des vues sans que le morceau soit clippé. Du coup, c’est à la fois quelque chose d’incontournable au niveau communication et un investissement plus ou moins important. Il faut être prêt a se mettre plus ou moins à leur service, qu’ils aient déjà une idée très précise du résultat voulu ou au contraire qu’ils débutent. Le plus important, c’est qu’il faut être prêt à ne pas beaucoup dormir et a manger beaucoup de pâtes.

3/Votre spécialisation dans le rap est-elle venue naturellement, par nécessité professionnelle ou s’est-elle construite au fil des expériences et des rencontres ?

C’est quelque chose qui est venu très naturellement, le meilleur pote de Zephyr s’est mis à rapper, Zephyr a commencé à le clipper et on s’est rencontrés par son intermédiaire. Mais au-delà de ça, on est tous les deux de gros écouteurs de rap. Vu qu’on fait de la vidéo, c’est finalement quelque chose de logique de faire des clips. Evidemment, c’est aussi une histoire d’opportunités, de rencontres…

3/Comment les artistes font-ils appel à vous le plus souvent ?

Souvent, tout commence par le bouche a oreilles. Mais on a aussi contacté nous-même des artistes quand leurs univers nous parlaient… et qu’ils nous paraissait accessibles. Par exemple, on appréciait vraiment un petit groupe à une époque. Ils débutaient mais on s’est dit qu’on aimerait faire un truc avec eux. Ce groupe c’était le Panama Bende ! (rires). On a contacté Elyo en lui disant qu’on passait une semaine à Paris et qu’on pourrait faire un clip si ils étaient partants. Au final, on en a fait trois dont Foreign qui reste l’un de nos préférés.

4/Auparavant, on avait l’impression qu’un clip de qualité n’était accessible qu’aux têtes d’affiches et aux artistes signés en major. Depuis quelques temps on a l’impression que n’importe qui ou presque peut proposer un contenu de très bonne qualité. Quel regard portez-vous sur cette évolution ?

On va pas trop s’en plaindre vu qu’on est nous-même issus de la nouvelle école du clip a 0 euros. Ca rend le mouvement moins élitiste dans un sens, et ça permet notamment à des passionnés de province comme nous de se faire une place. Il y a un autre phénomène à comprendre, c’est que beaucoup de gens trouvent facilement du matériel et décident de réaliser comme ça un ou deux clips pour leurs potes. Qu’ils restent ou pas dans ce milieu ensuite, ça fait des intervenants en plus dans ce petit monde.
5/Quels sont les risques pour la profession quand on voit se multiplier les acteurs (plus ou moins bons d’ailleurs) sur cette branche ?

Il y a incontestablement plus de compétition entre les réalisateurs, plus de motivation de notre côté aussi… Mais ça fait surtout chuter les prix. Dans ce système, il y aura toujours un mec qui coûtera moins cher que toi, surtout que beaucoup d’artistes ne comprennent pas que tu fasses payer ton travail.


6/Y’a t-il une sorte de cap à passer lorsque l’on clippe comme vous ? Une sorte de pallier qui permet d’accéder à des collaborations avec des artistes au public large.

Oui, il y en a même certainement plusieurs. Pour nous le premier ça a été incontestablement de monter a Paris. On voit une réelle différence entre nos clips période Bordeaux et ceux qu’on a tourné depuis qu’on est ici, comme si il y avait une atmosphère particulière dans la ville au niveau du rap. Le fait qu’il y ait beaucoup de monde dans ce milieu ici, et beaucoup d’infrastructures c’est aussi très important. Aujourd’hui, la plupart de nos clips ont passé les 100 000 vues, c’est peut-être une forme de cap… Ce qui est sûr c’est qu’il en reste d’autres.

7/Au niveau de la reconnaissance du public, on remarque qu’il est très difficile d’être plus qu’un nom ou un logo. Est-il possible et souhaitable d’être reconnu par les non-professionnels ? Est-ce finalement exclusivement un métier de l’ombre ?

Ce serait super bien d’être reconnu par le grand public, ça faciliterait la drague en soirée (rires), mais ça reste un métier de l’ombre. On n’est pas au premier plan et finalement on est très content comme ça. Ca demande beaucoup d’investissement d’être une personnalité publique, et c’est pas forcément quelque chose qui nous attire plus que ça. En revanche, on est content d’avoir pu placé notre logo en gros au début des clips. C’est important d’avoir une certaine forme de récompense vis-à-vis du travail que ça demande.

8/Pour en revenir un peu plus à votre carrière, on vous a vu osciller entre pas mal d’univers en collaborant avec des artistes très différents. Comment est-ce que vous vous définiriez ? Plutôt proche des clips classiques de rap à savoir très urbains, axés exclusivement ou presque sur les rappeurs ou plus près des quasi-courts métrages que vous avez pu réaliser pour des artistes plus atypiques ?

On aime faire les deux, on a fait les deux, on continuera a faire les deux. Zephyr est plus dans le délire « court métrage » et 5:am dans le délire street clips. C’est aussi l’avantage d’être un duo, on s’emmène tous les deux vers des univers différents. En plus on a eu les opportunités de faire les deux avec des résultats convaincants. En tout cas, c’est une chance d’avoir ces options disponibles.

9/On imagine qu’il y a un investissement assez lourd niveau matériel, est-il dur de rentrer dans ses frais ?

Même avec tous les clips qu’on a fait je ne crois pas qu’on soit rentré dans nos frais. On a investi dans beaucoup de matériel quand on a débuté à Bordeaux; mais plus t’avances, moins tu travailles avec ton matériel vu qu’il devient plus ou moins obsolète. La meilleure chose a faire c’est de louer du matos correspondant aux besoins de chaque clip, ce qui est possible à Paris mais ne l’était pas à Bordeaux. Après, on s’y est retrouvé au niveau financier sur d’autres terrains… En tout cas actuellement on travaille avec la 75e Session, qui produit les clips concernés. Merci à eux au passage.

10/Est-ce que vous vous voyez vous tourner à plus ou moins long terme vers d’autres horizons que le rap ou même vers d’autre formes de production visuelle (publicité, cinéma,…)

C’est une évidence pour nous. Faire des clips de rap, c’est très intéressant quand on est passionné et aussi très formateur. Cela nous ouvre des portes dans des domaines complètement différents, et c’est très bien comme ça. Encore une fois, tout est question d’opportunités mais on ne se ferme absolument aucune porte.

11/Votre artiste français favori en ce moment c’est…

Zephyr: Mine de rien je suis en train de ronger le dernier album de Nekfeu… J’écoute pas mal de Ichon aussi.

5:am: Certainement Nekfeu, même si j’ai déjà fait tourné l’album jusqu’à l’overdose. Sinon, je suis le genre de mec à avoir toujours un train de retard (rires), du coup le projet de Sopico et aussi le dernier Dosseh

12/Un gars ou un groupe pour qui vous rêveriez de faire un clip…

5:am: Il n’y a aucun mystère pour moi, tous les gens qui me connaissent le savent, c’est Nekfeu.

Zephyr: Nekfeu aussi tiens, ce serait vraiment sympa

13/Enfin, est-ce qu’un partenariat plus ou moins exclusif avec uns structure comme un label est envisageable actuellement ? Dans le sens où vous réaliseriez chacun des clips de la structure en question. 

C’est déjà plus ou moins le cas avec la 75e Session, après c’est clairement impossible de réaliser tous les clips vu le nombre d’artistes qui en font partie. Cela voudrait dire renoncer à dormir. Mais de manière générale, c’est quelque chose qui nous plaît d’avoir pas mal de possibilités. Ça se retrouve aussi à ce niveau là. Enfin, il faut savoir que beaucoup de groupes montent les échelons avec leur réalisateur plus ou moins attitré. C’est une relation de confiance à instaurer,…