GLGV

Groupe constitué de sept (très) jeunes parisiens, la GLGV (Good Life Good Vibes) commence à se faire un nom dans la capitale. Une réussite due à leurs choix artistiques forts et assumés, et à leur capacité à jouer de leur image de groupuscule hype. Ressort de leurs morceaux un état d’esprit assurément innovant alors même que le groupe ne se prive pas de passer d’un univers à l’autre. Si Roi du monde et Old School ont déjà rencontrés un certain succès, le collectif a encore beaucoup a montrer. De quoi alimenter une interview complète, la première des Tany’s.

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1/On a vu ces dernières années un grand renouvellement du rap sur Paris, avec l’émergence d’une multitude de nouveaux groupes et pas mal d’innovations artistiques. Comment avez-vous ressenti ce courant ?

En effet, sur les dernières années qui se sont écoulés on a constaté l’apparition d’une multitude d’artistes innovant dans le paysage du rap parisien. Pourtant on a vite eu l’impression que ces artistes s’organisaient en cartel, qu’ils se fréquentaient par intérêt, et se soutennaient mutuellement. On respecte leur travail mais on ne fait pas partie de ce « mood » disons. On est plus à part, on fait notre musique seuls, sans le soutien ni l’approbation de personne, encore moins des autres artistes qui émergent comme nous.

2/Il ressort de vos morceaux un esprit très parisien, difficile à décrire mais toujours bien présent. Comment le définir selon vous ? Quel regard portez- vous là dessus ?

Cet esprit parisien ressort c’est vrai. Nous le revendiquons d’ailleurs dans chacun de nos morceaux. On a grandi dans Paris, on y a fait nos meilleures rencontres, passé nos meilleures soirées. La ville nous a bercée mais elle a surtout imprégné notre mode de pensée. De ce fait, on n’a pas d’autre choix que d’y faire référence; on fait tous nos morceaux dans le but de faire ressentir une atmosphère, une ambiance. On cherche moins à faire passer un message… une chose est sûre, notre état d’esprit est, et restera toujours parisien.

3/Vous êtes très jeunes et vous évoluez dans un périmètre hyper concurrentiel, comment avez-vous réussi à émerger de cette foule de jeunes rappeurs issus de Paris et de sa proche banlieue ?

On est complètement conscients de ce qui se fait autour de nous. Les autres rappeurs auxquels on peut nous comparer sont bons, techniquement et lyriquement parlant, mais pour nous ils ne sont pas innovants. On essaye d’apporter quelque chose propre au groupe GLGV, un truc qui fasse en sorte que tu puisses nous aimer et adhérer complétement, ou bien nous détester. De ce point de vue là, la concurrence n’est plus vraiment un facteur à prendre en compte, on est plutôt sur un monopole. Comme je l’ai dit précédemment, on essaye de construire quelque chose autour de notre musique, de notre atmosphère.

4/On l’a vu, le rap indé français est devenu très parisien ces derniers temps, est-ce qu’on peut attribuer cela, uniquement aux grand nombre de studios qui existent dans la capitale ?

Beaucoup de studios d’enregistrement existent à Paris, mais très peu sont de bonne qualité. Je pense pas que ce soit significatif, on peut plutôt attribuer ce succès au caractère éclectique de la ville lumière. La diversité y est énorme, on y trouve des quartiers très défavorisés et d’autres parmi les plus riches de France. Il y a de tout dans cette ville, ce qui laisse évidemment la place à une grande liberté artistique. Celle-ci se développe dans tous les domaines et plus particulièrement dans le monde du rap, très large à Paris.

5/On sent une grande diversité artistique au sein du groupe, avec même différentes langues d’expression entre les membres. Est-ce que vous comptez conserver voire développer cet aspect sur vos prochains projets ?

C’est quelque chose d’hyper important chez nous. On peut même dire qu’entretenir nos différences c’est l’essence du groupe. Cette diversité on va la conserver et comme tu le dis si bien, nous allons la développer au maximum dans les prochains projets. Toute la beauté est là; et pas seulement dans les différentes langues avec lesquelles on s’exprime, ça va bien au-delà.

6/Vous attachez une importance énorme au visuel de vos clips et à votre Instagram, quel rôle cet ensemble joue-t-il, selon vous, sur votre diffusion ?

Les réseaux sociaux c’est excellent pour nous, ça permet de véhiculer une atmosphère. Quand tu vois nos clips, notre instagram, tu comprends où l’on veut en venir artistiquement. Bien que nos clips ou nos photos ne soient pas toujours de qualité professionnelle, elles dégagent ce même état d’esprit auquel on revient toujours. C’est la GLGV, si tu nous aimes, tu vas au delà de la musique. C’est ce qui se ressort dans nos clips et nos photos.

7/Vous avez une identité très forte au niveau vestimentaire, c’est aussi un élément important pour votre image, quel rapport vous avez aux fringues et quelles sont vos influences de ce côté ?

Pour le style vestimentaire, chaque membre a carte blanche. Certains vont plus jouer sur le flow streetwear assez typé skateur, d’autres vont plus avoir tendance à entretenir un style plus classe voire assez tourné vers le luxe (le bon cliché du parisien). Les gens ont l’air d’attacher plus d’importance à nos fringues que nous même donc bon… On continue de s’autoriser une liberté vestimentaire de toute façon, c’est l’un des moyen d’entretenir notre identité. Et puis, bien s’habiller c’est important, ne serait-ce que pour se différencier des autres rappeurs.

8/A titre personnel, ça fait quel effet de pouvoir tourner des clips aussi réussis à 18/19 ans ? Comment s’est faite la connexion avec le réalisateur qui vous suit (Ballyn) ?

On a assez peu de moyens, il faut donc miser à fond sur la créativité pour obtenir un résultat optimal. Pour ce qui est de la connexion avec Ballyn, elle s’est faite sur Instagram, gros big up à lui pour son travail d’ailleurs. Pour ce qui est de l’effet, bah pas grand chose. On est fier de notre travail mais on a encore tellement de choses à améliorer dans tous les domaines qu’on n’a pas vraiment le temps de s’ébahir sur nos clips.

9/Niveau scène, comment sentez-vous le rapport avec votre public naissant, et qu’est-ce qui vous marque le plus en live ?

La GLGV c’est sur scène que ça envoie le plus. Avec le public, le feeling passe bien et nos lives sont des regroupements de jeunes parisiens, un peu hype, qui ressentent et vivent le life style qu’on véhicule. Bien sûr ce n’est pas quelque chose de sectaire, mais disons qu’il y a quelque chose de commun entre eux et nous. Sûrement cet état d’esprit qu’on retrouve dans nos sons.

10/Niveau artistique, vous appartenez à cette branche du rap français qui mise beaucoup sur la musicalité des rimes, comment définiriez-vous votre style d’écriture ?

On essaye de miser sur le rythme et les sensations. On soigne nos textes, mais pas forcément les lyrics. En fait, on s’en fout un peu d’écrire des vérités générales, d’utiliser des mots compliqués, ou un vocabulaire soutenu pour se donner l’illusion d’être intelligent. On veut juste que lorsque t’écoutes un de nos morceaux tu bouges la tête, que tu ne te poses pas de question. Y’a beaucoup trop d’occasions de réfléchir dans la vie, alors notre musique on la voit plutôt comme une occasion de se détendre.

11/En ce qui concerne cette musicalité que l’on retrouve aussi sur les prods, comment se font les coopérations avec les différents beatmakers auxquels vous avez recours ?

On n’a pas de Beatmaker particulier, on essaye de trouver des contacts à droite à gauche. C’est plutôt la débrouille de ce côté. Evidemment, on essaye de trouver un truc qui nous convienne artistiquement pour conserver notre identité.

12/Vous avez réalisé pas mal de featurings, comme la génération qui vous précède, est-ce vraiment devenu un impératif pour se faire un nom ?

Pour nous ça a été une erreur, on a décidé de ralentir fortement sur les featuring. Au final ça nous a apporté beaucoup plus d’emmerdes que de choses positives, c’est dommage. On se recentre sur le groupe maintenant, c’est GLGV point final.

13/Quel vision vous avez de votre diffusion sur Youtube ? Est-elle plus efficace que Haute Culture ? Plus exigeante artistiquement ? Plus dur de s’y faire une place ?

Haute Culture ça ne nous intéresse pas, c’est le bon moyen pour se noyer dans la masse. On l’a déjà utilisé (pour la mixtape 2017 ndlr) mais c’est trop impersonnel pour nous. Youtube c’est plus sympa, c’est très dur de s’y faire une place, mais c’est déjà plus facile à utiliser. Disons que c’est plus personnel, que ça nous convient mieux. Tout le monde va sur Youtube en plus.

14/On a connu Roi du Monde à 20 000 vues, maintenant que le clip en compte plus de 400 000 pensez-vous avoir fait le plus dur en franchissant un cap de notoriété ?

Une des premières étapes est franchie, maintenant on doit se pérenniser et ne pas s’essouffler. C’est ça qui est le plus dur. Après, c’est sûr que passer des caps de diffusion comme celui-ci ça aide à être reconnu et à élargir notre public.

15/Bientôt un gros projet ? Un album ? Une tournée ?

On bosse sur un projet qui fera probablement entre 7 et 10 titres. On prépare aussi 2/3 clips et plusieurs concerts à Paris. Une tournée en France se profile tout comme un showcase en Russie. Bref, on a pas mal de chose à faire.

16/Souhaitez-vous évoquer un autre thème, quelque chose qui vous tient à coeur et dont on vous parle trop rarement ? Peu importe le sujet abordé

On veut juste partager notre expérience pour que les gens arrêtent de s’empêcher de rêver. On a tous tendance s’enfermer dans une sorte de prison symbolique de l’esprit. Le groupe a toujours été critiqué, comme tous les autres artistes, et beaucoup de nos proches nous ont conseillé d’arrêter. Mais on n’a pas le temps de ne pas faire ce que l’on veut la vie, la jeunesse, ça disparaît comme ça en une seconde.

Je terminerais sur ce vers d’Apollinaire dans Alcools:

« Tout les mots que j’avais à dire se sont changés en étoiles ».

Merci à Weizman, Jérémy Attia, Nika, et toute la GLGV pour leur coopération.