Il y a quelques jours, Take a Mic assurait au Transbordeur la première partie de Deen Burbigo pour le Grand Cru Tour. L’occasion pour nous d’aller à la rencontre du jeune d’Orly dont l’ascension est indéniable depuis quelques mois. Entre ses deux EP du début d’année, sa signature en label et son style caractéristique, il a accepté de revenir avec nous sur une trajectoire pas si banale.

1/En deux mois tu sors deux EP, c’est un rythme de dingue, quel regard portes-tu sur ta productivité ?

Aujourd’hui c’est un élément assez important pour moi c’est vrai. Avoir un certain niveau de productivité est le seul moyen de garder un public le plus fidèle possible face au nombre important de rappeurs talentueux qui apparaissent régulièrement du jour au lendemain. Le fait de sortir un certain nombre de projets n’est pas non plus quelque chose que j’ai vraiment forcé, puisque j’ai pris cette habitude à une époque où je ne sortais pas forcément tout ce que je faisais… Donc pour en revenir à ta question, c’est quelque chose de voulu et que j’estime nécessaire.


2/As-tu envisagé de faire un album directement, ou préférais-tu passer par cette étape de mûrissement ?

Je dis souvent que mes projets me permettent de corriger un certain nombre d’erreurs, et surtout de sentir le retour du public par rapport aux choix artistiques que je fais. L’album, je commencerai donc à le travailler quand j’estimerai que tout cela est assez mûr pour passer le cap.

3/Quelles ont été tes plus grandes influences en terme de rap ?

J’ai commencé à écouter du rap avec Nas, tout comme beaucoup d’autres rappeurs américains, et ça a beaucoup joué à ce niveau là. A dire vrai, je me suis mis à écrire sans écouter vraiment de rap français puisque c’était ces artistes là qui m’intéressaient avant tout. Ca reste un peu le cas d’ailleurs, puisque j’écoute aujourd’hui du rap français sans m’y attacher plus que cela au-delà de certains morceaux en particulier.



4/Tu appartiens désormais à l’écurie Because Music, est ce que cette signature a changée quelque chose au niveau de ta production musicale ?

Disons que ma production à proprement parler et ma vision sont restées identiques. Le vrai apport de ce changement, il se trouve en terme de visibilité. Pour tout dire, j’enregistre toujours chez moi en home-studio et j’envoie mes pistes au mix. Donc au niveau musical pas de bouleversement c’est sûr…


5/Avant la sortie de ces EP, tu avais un style très inspiré du freestyle, très technique. Est-ce que tu te reconnais dans cette image qui te colle un peu à la peau ?

J’ai appris à rapper comme ça, en écrivant sur des faces b sans donner vraiment de structures à mes morceaux.A l’époque il n’y avait pas vraiment de ponts, de refrains et c’est d’ailleurs pour cela que j’estime avoir encore des progrès à faire dans ce domaine… J’ai incontestablement conservé cette base, mais c’est vrai que les morceaux très kickés sont aujourd’hui plus difficile à présenter. Les morceaux très très axés sur la technique peuvent être difficiles à jouer sur scène, et il est rare que le public se souvienne vraiment des textes. Donc régulièrement j’essaye de me remettre en question pour aller vers quelque chose de plus aéré, qui me permettrais de remplir de plus en plus de salles et d’avoir un public qui maîtrise la plupart des morceaux.

6/A contrario, on t’as vu aller vers des univers beaucoup plus chantés comme tu l’évoquais à l’instant…

Pour des morceaux comme Blessure d’amour, c’est aussi une question d’instru tout simplement. Celle-ci m’a inspirée un texte le plus sincère possible avec un refrain un peu entêtant… Mais du coup, par rapport à ce que je disais juste avant, il y a un certain nombre de morceaux pour lesquels je ne raisonne pas à partir de ce type de calcul.

7/Le public t’as aussi découvert à travers le Planète Rap de Sneazzy, quel regard portes-tu sur cette opportunité qui s’est présentée ?

J’ai aussi eu la chance de faire ceux d’1995 pour Paris Sud Minute, celui de 3010, de Niro, celui de Disiz aussi.. C’est sûr que c’est de belles opportunités, d’autant que j’ai vraiment appris à rapper seul dans ma chambre sans passer forcément par des open mics ou des freestyles de ce type. C’est un bel exercice, et j’aime bien me lancer là-dedans. Il y a quelque chose qui relève vraiment du défi.

8/Quels sont tes projets à l’avenir ? 


Ce sera une surprise (rires), mais ce que je peux dire c’est que je travaille beaucoup plus mes morceaux. Jusqu’ici j’ai toujours sorti mes projets sans vraiment revenir dessus, un peu à l’instinct, mais j’ai aujourd’hui l’impression d’être dans une sorte d’entre-deux. D’un côté j’ai cette image de mec un peu connu, mais je ne me vois vraiment pas encore comme une tête d’affiche. Il y a un palier à passer ici, et il tient surtout au travail que je fais autour de chaque son.