1/Meyso, pour ceux qui te connaissent, c’est le nom de scène du beatmaker le plus proche de ce qui était le «Fixpen singe ». Te reconnais-tu vraiment dans cette description ?

Déjà, il faut rappeler ce qu’était le Fixpen Singe, puisque ce fut tout de même très éphémère. Après l’EP commun de Lomepal, Caballero et Hologram Lo’, les deux rappeurs ont décidé de former quelque chose de plus large en intégrant Vidji et Kéroué de Fixpen Sill. Le projet qui en est né ne se vendait d’ailleurs que sur la tournée, et l’équipe toute entière était beaucoup plus tournée vers la scène. Il fallait naturellement un DJ, et vu que Fixpen Sill a commencé à Nantes, c’était à la fois pratique et logique. Chacun d’entre nous a beaucoup évolué depuis, mais toutes ces expériences de scènes restent de très bon souvenirs.

2/Quand et comment as-tu commencé à produire ?

J’ai commencé il y a environ huit ans, j’ai toujours été très attiré par la musique. En ce qui concerne le rap, j’en ai écouté beaucoup, surtout des classiques, mais je n’ai jamais été exclusivement tourné vers ce genre musical. C’est sans doute pour ça que l’étiquette rap ne me colle pas tant à la peau. Mon parcours dans cette voie tient beaucoup à quelques rencontres, celle avec Lomepal notamment. Aujourd’hui je mixe dans des petits clubs, dans des bars, je ne me limite pas du tout au rap. D’ailleurs cet aspect ne devrait pas occuper plus d’un quart de mon prochain projet au contraire du jazz, de la funk ou de la soul…

3/Comment se fait-on un nom dans un environnement aussi fermé lorsque l’on vient d’une ville comme Poitiers, où la scène rap est très peu développée ?

C’est vrai que de ce point de vue la scène hip hop est assez pauvre ici. Pourtant, il y a beaucoup de monde qui rappe si l’on compare avec des villes de taille équivalente. Tout cela se fait autour de cercles qui sont assez fermés et surtout aucun projet ne sort ou presque d’où le peu de visibilité, même si RES Turner a remporté End of the Weak dans un style un peu différent. En revanche, pas mal de bars ou de scènes ouvertes qui proposent du hip-hop. Finalement, c’est l’un des amis qui faisait partie de mon premier groupe qui a été le premier en contact avec Lomepal sur de petits projets. On était en pleine émergence d’une nouvelle génération, c’était évidemment très loin de ce qu’on connaît aujourd’hui. Je n’ai jamais fait partie de cette sorte de cercle parisien auquel appartient Lomepal. 
Il a fait quelques aller-retours à Poitiers en 2011 , avec Mothas à l’époque. C’était surtout pour trouver des contacts, ils cherchaient des prods,… Le projet Le singe fume sa cigarette allait sortir quelques semaines plus tard et ils pensaient à la suite. Pour Cette foutue perle, il m’a d’abord demandé une instru, l’idée n’était pas du tout que je produise tout l’album. Et puis, de fil en aiguille, il a adhéré à ce que je lui proposait et un jour on s’est dit qu’on ferait le projet ensemble. Finalement, c’était très inattendu vu qu’on a dû se voir deux fois maximum avant tout cela.

4/En discutant un peu autour de nous de ta profession, on a souvent été confronté à l’idée selon laquelle les producteurs se devaient d’avoir un équipement conséquent et onéreux. Quel regard portes-tu sur cet aspect de ton métier ?

A titre personnel, j’ai commencé par le scractch, par le délire DJ à fond. J’ai acheté des platines tout d’abord, c’était assez logique. Pour en revenir à quelque chose de plus général, la profession est hyper dépendante de la technologie. Il y a eu 15 ans environ ou tout passait par la MPC qui n’était pas si chère. Les meilleurs beatmakers aujourd’hui sont souvent des geeks, parfois malgré eux d’ailleurs. Internet et le numérique en général ont multiplié les opportunités tout en permettant de conserver ce côté bas-coût qui a toujours traversé le hip-hop. On ne va pas refaire toute l’histoire, mais c’est évident que le jeu a toujours été d’obtenir la meilleure qualité possible avec peu d’investissement. Les banques de données, les instruments virtuels, tout ça donne une liberté infinie. Moi j’ai toujours investi dix fois, vingt fois plus dans les vinyles, la musique que j’écoute, dans une bonne paire d’enceinte que dans du matériel à proprement parlé. Disons que j’achète une machine tous les deux ans peut-être, souvent des petits trucs…

5/Tu es aussi très impliqué à Poitiers dans une boutique de vinyles et de matériel audio spécialisé. Là aussi est-ce venu naturellement ? Est-ce un complément logique à ta carrière artistique ?

C’est avant tout le projet d’un excellent ami, un projet qui marche tellement bien qu’il a développé une activité en parallèle qui s’apparente à un label. Il voulait produire ses amis artistes, notamment parce qu’il n’avait plus vraiment le temps de faire sa propre musique. Je me suis tout de suite reconnu dans le projet même si ce n’est pas le mien à proprement parlé. On mise tout sur les séries limités, même si cela peut faire un peu hautain dis comme ça. C’est génial pour des artistes comme nous de pouvoir faire un bel objet, avec notre univers bien personnel. Etant donné que le CD n’a jamais vraiment eu d’âme, on se tourne principalement vers le vinyle. Ensuite on poste presque tout sur internet puisque l’époque le veut. Cela rejoint pas mal l’orientation que je souhaite donner à ma carrière, ça reste un complément et seules les prestations, les concerts rapportent un peu. Le reste c’est avant tout du plaisir, et j’adore ce concept d’exclusivité de manière plus générale. Ça explique que je trie autant mes collaborations, que j’ai travaillé avec si peu d’artistes différents dans le rap.

6/Ta plus grande réussite jusqu’ici est la production du génial EP de Lomepal Cette foutue perle, quel regard portes-tu sur ce projet quelques années plus tard ?

Déjà quatre ans c’est vrai… Pour être honnête ce qui m’a le plus marqué c’est la sortie du projet. Ça aurait complètement pu être comme Le Singe fume sa cigarette, un projet uniquement digital, entre Lomepal et un DJ rien n’était promis et au final je me retrouve avec la première fois ma propre musique dans les bacs. Pour ce qui est des morceaux, je ne les aime plus tous autant… Evidemment, surtout quand on est très critique comme moi, on a tendance à voir tous les petits défauts quand on réécoute des morceaux aussi anciens. Et puis tout ce qui est autour a été dingue, on est devenu potes avec Lomepal mais aussi avec beaucoup d’autres gens. Jamais les concerts ne s’étaient enchaînés aussi vites pour moi, on pouvait faire trois dates par semaine et à l’époque c’était énorme.

Chef d’oeuvre


7/On t’as vu aux manettes d’une émission Grünt spécialement dédiée à Fixpen Singe, rares sont ceux à avoir eu cet honneur. Comment cela s’est-il déroulé ?

Comme je l’ai dit, l’album n’était disponible qu’en tournée, mais cela nous a amené pas mal de connections. C’est sympa qu’on évoque cette émission puisqu’on a eu énormément de bons retours et que j’en garde un excellent souvenir. Bien sûr les autres avaient déjà fait aux moins deux ou trois Grünt chacun mais pour moi c’était assez nouveau. D’autant que j’ai été le seul à avoir fait un mix pour Grünt en dehors de Costo, ce qui est une fierté. C’était très spécial comme ambiance, seuls dans les studios de Nova à 1h du matin. Plus tard, un des gars de Grünt m’a même dit que je devais être le seul à avoir passé des Faces B vinyles sur un freestyle depuis au moins dix ans sur l’antenne.

8/Tu as continué à collaborer avec Lomepal sur ses deux EP suivants, avec notamment la responsabilité de très grosses collaborations avec Akhenaton et Alpha Wann, comment cela s’est-il passé ?

Au début, je n’étais même pas au courant que ce serait mes prods sur les feats. Le morceau avec Akhenaton, est l’une de mes grande fiertés. Evidemment j’écoutais à fond IAM plus jeune, et même ses albums solo sont des classiques notamment Métèque et Mat’. Ce qui est super, c’est que les éléments du morceau s’enchaînent très bien. Tout est parti d’une émission du Mouv’ à laquelle participait IAM. Au milieu de l’émission, l’équipe de la radio passe Roule et ils ont apprécié. Sur le coup ça fait quand même vachement plaisir, d’autant que le reste a été très simple, naturel. Lomepal et AKH ne sont même pas passés par un agent ou quoi que ce soit.
Avec Alpha, c’est incroyable parce qu’ils se connaissent depuis le lycée, se croisent très régulièrement, ont freestylé des milliers de fois ensemble mais il n’y avait aucun morceau construit en commun. Là aussi c’est l’un des morceaux que je trouve le plus abouti, les deux sont vraiment excellents techniquement et les textes sont aussi au top.


9/Tu as aussi composé pour Fixpen Sill, tu joue parfois sur scène avec Caballero et Jean Jass; est-ce vraiment la même ambiance, la même façon de travailler qu’avec Lomepal selon toi ?

Je ne joue officiellement qu’avec Lomepal, même si j’ai dépanné occasionnellement sur quelques dates. Fixpen Sill a son propre DJ, LaSmoul (affilié à Don Dada ndlr), mais la proximité géographique était un plus. En ce qui concerne l’ambiance, les concerts, c’est vrai qu’ils ont toujours été plus habitués que moi à tout cela. Même avant de se révéler, Lomepal avait déjà fait pas mal de scènes, parfois pas sous son nom. Après l’histoire est belle, on est passé de la voiture au train puis du canapé des potes à l’hôtel…

10/De quel morceau es-tu le plus fier rétrospectivement ?

Honnêtement, même si j’aime beaucoup certains morceaux qui n’ont rien à voir avec le rap, je trouve que cette partie là de ma production a donné les titres les plus aboutis. Le genre musical offre la possibilité d’avoir des refrains, un jeu sur le texte etc,.. S’il fallait en garder un, ce serait Les battements. Je pense qu’il est à la fois très complet, assez rentre-dedans par rapport au reste du projet. En plus c’est le morceau qui a permis à Lomepal d’éclore, de multiplier les concerts et les opportunités et il y avait une certaine urgence à le produire. Il fallait le dernier morceau pour boucler le projet au plus vite avant les sessions studio et ça se ressent vraiment sans altérer la qualité.

11/Dès 2009 et la tape My First Baggy Pants on sent une vraie aisance dans les sonorités lentes et harmonieuses. Peut-on considérer ça comme ta signature ?

Oui sûrement. j’ai toujours baigné dans quelque chose d’assez éloigné de tout ce qui a trait au hip-hop classique, street. J’ai essayé de faire autre chose, sincèrement, mais ça ne me ressemble pas et ça reste toujours sur disque dur, sans suite. Oui, je pense que la musique que j’ai écouté plus jeune, que j’écoute aujourd’hui et les éléments personnels de ma vie font que j’ai toujours proposé quelque chose d’assez planant