Impossible d’évoquer les noms qui font le rap français depuis quelques mois sans mentionner Lord Esperanza. Si il a bâti sa réputation sur ses qualités techniques, régulièrement mises en avant en freestyle, le jeune parisien s’est aussi largement renforcé avec la sortie d’un premier EP solo fin mars. Inextricablement lié au très bon Majeur-Mineur, vu chez Grünt entre deux featurings avec Django et le High Five Crew, et de plus en plus présent sur scène, l’enfant du siècle avait beaucoup de choses à nous raconter. Immersion dans l’univers d’un des MC’s les plus prometteurs de sa génération, entre décryptage de style et réflexions sur une carrière pleine de bouleversements.

1/Le terme « d’enfant du siècle » t’es beaucoup associé depuis que sont sortis les deux morceaux qui portent ce titre, qu’est-ce qui rend ta musique si actuelle finalement ?

Pour commencer, j’essaye tout simplement de suivre en partie les codes actuels, et notamment ceux de la trap. Sur un morceau comme la partie deux de L’Enfant du siècle, j’ai tenté de m’inscrire dans la lignée de ce mouvement assez actuel

2/Cela fait déjà deux ans environ que tu as sorti tes premiers morceaux vraiment construits, parmi lesquels Hors de portée, comment vois-tu ton évolution musicale sur cette période ?

Ce que je tiens à mettre particulièrement en avant sur ce point, c’est le nombre de rencontres que j’ai faite. Je pense notamment à Majeur-Mineur qui m’a permis de franchir un palier, notamment en me poussant à m’aventurer sur des productions plus originales… Forcément, j’ai aussi gagné en maturité, j’ai vécu pas mal de choses sur le plan personnel qui se ressentent… Et puis derrière il y a aussi une dynamique qui se met en place progressivement avec des gens comme Nelick (son backeur sur la tournée et membre avec lui du duo Palass ndlr) ou mon éditeur.

3/Un des éléments qui revient le plus autour de nous lorsque l’on évoque ton style, c’est ta façon de construire tes couplets. Il y a quelque chose de très travaillé derrière tout cela, comment l’appréhendes-tu ?

Je suis très axé sur la technique, à mes débuts je privilégiais d’ailleurs vraiment la forme. Pour la construction des couplets à proprement parler, je m’inspire le plus souvent de la tonalité générale que je souhaite donner à mon morceau. Pour un égotrip, je vais raisonner surtout par rapport à des images qui me viennent assez librement et essayer de les lier entre elles par la suite. Pour un texte comme L’insolence des élus par contre, je vais plutôt rechercher un fil conducteur, des grands axes, un champ lexical précis.

4/Pour en revenir à Majeur-Mineur, que tu évoquais un peu plus haut, y-a t-il eu une volonté de réaliser un projet commun dès le départ ? Ou est-ce plutôt venu au fil de la réflexion sur l’EP ?

Non, je pense qu’il y a eu une connexion artistique instantanée et assez naturelle lorsque l’on s’est rencontré. En fait, il m’a fait écouter un certain nombre d’instrus qui figurent sur le projet dès le premier jour. Ça me parlait complètement, donc la question de faire une collaboration vraiment complète ne s’est pas posée très longtemps.

5/Au fur et à mesure de ton évolution artistique, on sent que tu as tendance à aller beaucoup plus facilement des morceaux plus éloignés d’un rap « classique ». Il y a d’ailleurs plusieurs morceaux assez chantés parmi tes sorties récentes.

Cela tient surtout à une volonté de changement et de prise de risque, que j’estime assez nécessaire. J’essaye d’aller dans cette direction là de manière tout à fait consciente, et on verra si le public s’y retrouve. Mais ce sont des expériences intéressantes dans tous les cas, elle font mûrir artistiquement et permettent aussi d’élargir la palette que je propose.

6/Tu achèves Drapeau Noir sur Love Yourself, le morceau le plus torturé et que l’on a trouvé le plus surprenant. Quelle est son histoire, sa place sur le projet ?

C’est assez intéressant de l’évoquer, il est assez rare qu’on le mentionne en interview même si c’est peut-être le morceau le plus sincère que j’ai pu proposer. J’aime assez le terme torturé que tu lui as accolé, un terme qui se retrouve beaucoup dans l’ADN du morceau… Le fait qu’il soit presque crié le rend assez conceptuel, et je savais bien que ce serait pas celui à clipper, celui à mettre vraiment en avant… C’est pourtant, pour moi, la meilleure incarnation de la prise de risque que l’on évoquait juste avant. En fait c’est sans doute cet aspect qui ressort le plus quand j’y pense.

7/En parlant de clip, ton univers visuel interpelle et semble revêtir beaucoup d’importance pour toi. Quel regard portes-tu là-dessus ?

Pour moi cet aspect est capital tout simplement. Il y a une nécessité presque évidente pour nous d’avoir cette réflexion au niveau de l’image et de la communication. L’époque veut ça, d’autant que je suis de la génération qui se fait connaître par Youtube. Donc j’en profite au passage pour remercier Célia Fousset qui fait un super travail sur mon Instagram ainsi que MIMS et 3:14 qui assurent vraiment au niveau de mes clips; et qui du coup donnent la possibilité d’avoir un travail de création remarquable.

8/C’est aussi ta première grosse tournée, tu ouvres actuellement pour Keith Ape, comment vis-tu cette nouvelle expérience ?

C’est quelque chose de super positif, notamment au niveau de l’échange avec le public. On a été surpris du nombre de fans qui viennent nous voir à la fin des concerts, et on essaye de créer un climat le plus cool possible autour de cette tournée. Ça passe aussi par le soutien à des projets locaux, et l’inspiration que ça nous procure.

9/Une question un peu plus personnelle, qu’as-tu écouté pendant l’écriture du projet ?

J’ai toujours énormément écouté Amy Winehouse, sinon des artistes comme Dilon Cooper, mais aussi Jacques Brel, pas mal de chanson française, du jazz aussi… J’essaye d’être ouvert au maximum à des univers éloignés du rap tout en restant assez informé de ce qui se fait. La tournée, et le travail au quotidien d’ailleurs font aussi que l’on échange beaucoup de références entre nous.

10/Des projets à venir dont tu souhaiterais nous dire un mot ?

Tout d’abord, le duo avec Nelick (Palass) devrait revenir avec un nouveau projet, après notre mixtape de cet automne (Acid Rose Garden ndlr). Et il y a aussi des choses en solo qui devraient sortir sous peu

11/Le mot de la fin ?

Je t’aime… (rires)

Merci à Lord Esperanza, Nelick, Le Sucre, Tom Gouy et à la marque Ninetynine Problems pour leur travail respectif.