Les inédits, morceaux mis de côté par les artistes ont été largement remis au goût du jour ces dernières années. Extérieurs aux projets officiels, ces extraits ont en effet l’avantage d’offrir une diffusion simple et directe, ainsi qu’une liberté artistique quasi-infinie. C’est l’ensemble de ces éléments qui a fait de ce format un compromis plébiscité par les artistes indépendants que l’on a vu émerger depuis 2010-2011. Souvent moins travaillés que les titres présents sur les EP ou albums, les inédits offrent cependant un côté brut qui vient compenser, dans l’esprit du public leur simplicité apparente au niveau artistique. Surtout, l’absence d’enjeux financiers permet d’écarter les questions épineuses de droits d’auteur, et donc de proposer des inédits sur face b. Comme nous allons le voir, l’utilisation de faces B américaines à d’ailleurs est devenu une activité à part entière dans les studios indépendants, principalement en région parisienne. Enfin, et c’est le plus important, ce format est parfaitement adapté à la diffusion sur internet. C’est donc naturellement que de jeunes artistes en quête de reconnaissance ont déversé des dizaines de titres gratuitement sur YouTube avant de pouvoir se consacrer à une production rémunératrice. L’histoire, bien sûr, est belle; mais elle nous permet surtout de saisir bon nombre d’éléments avec lesquels cette génération quasi-exclusivement parisienne à su s’imposer en marge des schémas classiques d’une industrie très verrouillée. Nous avons donc choisi les vingt inédits les plus marquants des dernières années, classement non exhaustif et purement subjectif. De toute façon, la plupart des titre cités ici nous procurent toujours la même émotion, ce qui n’aidait pas à les répertorier sous cette forme. Faites vous votre propre opinion.

20-Money Time (ASF, Elyo, Lesram)

maxresdefaultClip de East Side 

Premier inédit de cette liste, ce morceau de trois des membres du Panama Bende réussit à mêler on ne sait trop comment plusieurs ADN. L’instru rapide, les couplets efficaces et le refrain assez fidèle au style du groupe, en font en effet un titre accompli, et un assez bon échantillon du potentiel immense qui et celui du Panama. Au niveau de l’écriture à proprement parler, on note la technique quasi-parfaite et les schémas de rimes qui sont très travaillés autours des allitérations, notamment chez Lesram et ASF. Le plus impressionnant est, en vérité, l’indescriptible esprit old school qui vient compléter les partis pris artistiques très modernes du trio. Une sorte de fond discret mais présent, qui assure une assez belle liaison entre les différentes influences qui ont gravité autour du groupe depuis sa création. C’est certainement cela d’ailleurs que l’on retiendra de leur début de carrière. Ces entremêlements continuels entre bases classiques et récentes. Un constat assez peu étonnant, lorsque l’on réalise à quel point le collectif a subi les courants divers qui font le rap parisien passé et actuel, de la Seine-Saint-Denis à Paris Nord et du sud de la capitale aux Hauts de Seine.

19-Baptême de l’air (Guizmo, Nekfeu)

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Un morceau tellement inédit, qu’il a fuité on ne sait pas vraiment comment après la séparation très commentée entre L’Entourage et Guizmo. Pour ce qui est de sa présence ici, c’est du côté de la simplicité du son qu’il faut chercher. Non pas que Baptême de l’air soit un titre fade et peu inspiré, au contraire, mais ce morceau dispose incontestablement de l’esprit à la fois ambitieux et de débrouillard qui animait le début de carrière des deux artistes. A la fois dénué de refrain et de cadre artistique bien défini, on peut y admirer le style caractéristique de ceux qui formaient de loin l’un des meilleurs duos de leur génération. Une sorte de flashback musical donc, porté par une prod’ à la fois simple et entraînante et des couplets sans thèmes. Quelques jolies lignes marquantes viennent enfin donner une certaine envergure à cette collaboration. Si vous êtes prêt à affronter les centaines de commentaires haineux ou empreints de nostalgie qui figurent sous la vidéo, n’hésitez donc absolument pas à (ré)écouter ce morceau charnière dans l’oeuvre de Guizmo comme de Nekfeu.

18-Prieuré de Sion (Dinos)                                 

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Entre deux des épisodes de Rap Contenders où ils s’est le plus distingué, le MC de la Courneuve avait un statut à légitimer. Le résultat ? Un moment de pure technique qui regorge, aujourd’hui encore, de certaines de ses meilleures lignes. Véritables vitrines de son talent, les deux premiers couplets misent tout sur l’écriture. Avec pour seul objectif de nous faire décrocher un sourire à la fin de chaque phrase. Entre références culturelles et vannes bon enfant, Dinos réussit brillamment son pari sans tomber dans la rime facile et attendue. Certains diront qu’il fallait bien ça pour justifier son nom d’emprunt immodeste, les autres savent que peu de rappeurs atteignent ce niveau d’excellence dans un registre comme celui-là. Si ceux qui peuvent se vanter d’atteindre un tel niveau dans différents domaines sont encore plus rares, la suite de la carrière de Dinos lui donnera ce statut de MC d’excellence. Pour ce qui est de Prieuré de Sion, il restera un moment de perfection lyricale.

17-Tout s’accélère (La Smala)

csm_16_05_21_lasmala_2f75cae65cCrédits:Kulturfabrik

Une preuve de plus (s’il en fallait une) de l’importance des instrus. Cette dernière, calquée sur un surprenant sample de Muse colle parfaitement à l’image du groupe belge. Reposant et parfaitement adapté aux caractéristiques des bruxellois, ce sample fait de ce morceau un aperçu parfait de ce que La Smala sait faire de mieux; à savoir poser des couplets mélancoliques sur des prods plus ou moins sombres selon l’humeur. Jolie mise en forme de l’ennui et du temps perdu, cet extrait en particulier est l’un des plus aboutis de Senamo et ses compères tous projets réunis. Un clip plutôt bien réalisé, et l’ensemble finit presque par nous faire sentir comme destinataires individuels des couplets. Depuis 2013, le ralenti et la déprime ont laissé place à une reconnaissance plus conforme à la qualité de l’équipe, mais le spleen a assurément persisté dans leur oeuvre entre Un bruit dans le silence et la Poudre aux yeux.

16-East Side (Lesram)

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Il fallait nécessairement choisir entre ce titre, Danse avec mon ombre du frère d’arme de Lesram, Ormaz. On aurait aussi pu retenir les deux versions de Solstice proposées par Lasco, mais le choix s’est rapidement porté sur l’hymne de Lesram, et ce malgré la grande qualité des extraits de ses deux compères. Un choix motivé par la douceur de cette instru américaine trouvée chez Falcon & Sleep; et surtout par l’aptitude du jeune rappeur du Pré-Saint-Gervais à défendre sa banlieue nord-est. Peu glorieux mais réaliste et emprunt de fierté, ce récit marque l’arrivée de Lesram sur le devant de la scène parisienne, ainsi que l’éclosion des multiples collectifs de sa génération. Entre rap de quartier et esprit plus posé, East Side est assez original. Le morceau est aussi, sans doute, un révélateur de ce que l’on pourra attendre dans le futur de ces nouveaux groupes et collectifs qui pullulent autour de la capitale. Dans la lignée d’aînés spirituels à peine plus vieux qu’elles, ces nouvelles têtes ont certainement trouvé un de leurs futurs meneurs, tant la maturité artistique de celui que l’on surnomme 310 est impressionnante. A suivre de très près donc, que se soit avec le Panama Bende ou Les Tontons Flingueurs.

15-Les nuits parisiennes (Phénomène Bizness)

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Sur l’ambiance qui règne dans la ville lumière à la nuit tombée, on pensait avoir tout entendu. D’autant que ce thème était revenu en grâce ces dernières années avec la percée de l’école du sud de la capitale. Tout cela, s’était avant qu’Hologram Lo’ décide de nous rappeler qu’il est bel et bien le meilleur beatmaker de France en ce moment, et que Saïga ne propose le meilleur couplet de sa (très) jeune carrière. Les deux nouveaux rookies de l’écurie Seine Zoo, bien qu’originaires d’Ivry, multiplient sur Les nuits parisiennes les références plus ou moins dissimulées et poétiques aux divers arrondissement parisiens, et à chacune des ambiance qui les caractérisent. Du Parc des Princes à Barbès et du musée Rodin au XVIè, c’est une fresque entre rêve et cruauté qui défile sous nos yeux, dévoilant au passage tous les paradoxes de la plus belle ville du monde. Entre pauvreté et exubérance, les deux jeunes mettent donc le doigt sur les contrastes et contradictions qui animent le quotidien parisien. Un deuxième couplet parfait pour agrémenter ce tableau déjà flatteur, et nous voilà déjà convaincu par ce duo plus habitué aux premières parties de Nekfeu qu’au feu des projecteurs. Un statut qu’ils devraient se faire un plaisir d’abandonner au plus vite.

14-Caramelo (L’Entourage)

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Au risque de se répéter, on ne peut une nouvelle fois que s’incliner devant la qualité de l’instrumentale, un bijou dérivé d’un énième tube d’été chill rapidement tombé dans l’oubli. Une idée qui sera très bien réutilisée par Népal et Doum’s sur Suga Suga plus tard, mais qui fonctionne déjà à merveille ici tant le rythme lent se marie superbement avec la musicalité des textes qu’il porte. En ce qui concerne les couplets justement, Alpha Wann prend tout simplement feu sur le sien avec la facilité déconcertante qui l’accompagne toujours. Rien de bien nouveau dans ce constat certes, mais sa capacité à imposer immédiatement sa griffe sur des morceaux comme celui-ci mérite toujours d’être soulignée. Puisqu’il s’agit assurément du meilleur « attaquant », parlons des fameux ailiers qu’il évoque sur sa première mesure. Nekfeu y va de son refrain sobre mais efficace, domaine dans lequel il excelle, tandis que Deen Burbigo frôle lui aussi la perfection vocale dans son style propre. Même Eff Gee, souvent décrié à l’époque propose un couplet extrêmement bien mené pour conclure l’affaire. Entre les 22 stations de métro parisien et la Croisette, L’Entourage aura donc du mettre de coté son meilleur morceau pour des raisons de droits d’auteur. On se consolera tant bien que mal avec le joli clip et on laissera la mélodie de ce chef d’oeuvre nous bercer des heures.

13-Los Pistoleros de la Noche (Alpha Wann, Caballero)

fullsizeoutput_17cPetit clin d’oeil à Marco van Basten 

Inséparables, les deux fans de la marque au cavalier ont décidé de nous offrir le 25 décembre 2013, comme cadeau de noël, un inédit digne des meilleurs égotrips de la décennie. Pourtant, pas d’instru basique et déjà vue ou de flow très rapide ici. Sans refrain, cet enchainement de trois couplets est d’ailleurs tellement naturel qu’on croirait entendre un duo vieux de plusieurs années. Fluides dans le thème, Caba et Phaal réussissent aussi à nous convaincre grâce à une gestion parfaite de la répartition des temps de parole. A l’image de ce que l’on peut retrouver chez quelques duos iconiques, le troisième couplet est d’ailleurs le meilleur exemple de cette faculté à combiner harmonieusement de lignes en lignes. Outre un amour commun (et démesuré) pour tout ce qui touche au Ralph Lauren, les deux MC’s nous proposent enfin un clip superbe, truffé de clins d’oeil musicaux et cinématographiques. Soigné.

12-Monsieur sable (Alpha Wann, Nekfeu)

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Certes, ce morceau est issu de la fameuse mixtape commune des deux phénomènes, En Sous-Marin, proposée au public en 2011. Mais son retentissement (alors que leur carrière n’en était qu’à ses balbutiements), tout comme la qualité artistique indéniable de l’extrait, justifie pleinement sa place ici. De toute façon, le fait que ce soit mon article me permet de m’accommoder sans problème de cette petite difficulté technique. Pour ce qui est de Monsieur sable à proprement parlé, il restera comme un morceau fondateur pour le ninety-five dans la mesure, tout d’abord, où il est l’un des premiers morceau clippé et enregistré sur un matériel de qualité. De plus, le duo Nek/Alpha y développe pour la première fois en profondeur son style si caractéristique, style qui fera son succès les deux années suivantes au sein d’1995. A tel point que Alpha Wann se permettra d’en faire une version plus personnelle et encore plus travaillée avec Sous-marin en 2016. Le couplet de ce dernier est d’ailleurs un puissant provocateur de nostalgie, nostalgie d’une époque qu’on a souvent décrit comme celle des Rap Contenders. Finalement elle fut moins marquée par le tremplin que constitua la ligue de battles que par les freestyles réalisés dans l’ombre par ces fines équipes. Assurément un basculement pour l’ensemble de la génération « Paris sud », ce morceau conserve donc une place à part dans nos coeurs.

11-Le fugitif (Guizmo)

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Surréaliste, ce freestyle backé par Alpha Wann a lancé la fameuse série du même nom. Organisées autour d’une histoire hollywoodienne de planques et de courses poursuites, les trois versions Du fugitif sont toutes d’une grande originalité, mais on se concentre plus précisément, ici, sur la première (et plus célèbre) d’entre elles. Mis en scène dans un squat sordide, le clip réunit la fine fleur de l’Entourage autour de celui qui lancera définitivement sa carrière avec Normal quelques mois plus tard. Loin des futurs litiges, tous se prêtent au jeu tandis que le rappeur de Villeneuve-la-Garenne se sublime sur 92 mesures (tout sauf un hasard). Tout cela afin d’obtenir un couplet fleuve forcément imprégné des thèmes préférés de Guizmo, mais aussi (chose plus rare chez lui) d’égotrip et de glorification des Hauts-de-Seine. Une énième preuve donc, de la capacité qu’avait cette équipe de s’accommoder du peu de moyens à ses débuts. Simple et efficace ce titre est, lui aussi, révélateur d’un état d’esprit très marqué qui deviendra la base artistique et textuelle du Guiz’

10-J’crame (Lomepal)

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La naissance spirituelle d’un grand artiste. Epaulé par l’inépuisable Hologram Lo’, Lomepal se démarque surtout sur son premier couplet, mis en valeur par une instru très intéressante. Un couplet qui deviendra d’ailleurs un temps fort des deux premiers Grünt et, par la suite, une référence sûre en freestyle pour le MC du treizième. La première ligne de J’crame deviendra même une signature en forme de clin d’oeil sur Majesté, morceau le plus célèbre de Pal qui nous permet de prendre conscience de la manière avec lequel ce dernier a su évoluer. Le fait que ce titre ne soit pas disponible sur le projet Le singe fume sa cigarette, réalisé en collaboration avec Caballero et Hologram Lo’, sera finalement le seul reproche que l’on pourrait lui faire. Un petit échauffement avant de lancer véritablement une carrière solo, qui saura ravir les amateurs du duo Lo’/Lomepal malgré sa relative discrétion. En effet, cet extrait est moins ancré dans les esprits que la plupart des titres qui l’accompagnent ici, mais il a de toute façon toujours été plus question de qualité que de quantité chez Lomepal. Un inédit symbolique jusque dans sa diffusion en somme.

9-Foreign (La Confrérie)

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La Confrérie, c’est Ormaz, PLK et Zeurti. Un dérivé (réduit) du Panama Bende en somme, mais surtout une énergie débordante. Cet extrait, qui en est l’illustration parfaite, repose sur une recette implacable: pas de thème, pas de refrain, une instru rapide et un flow supersonique. Indéniablement moins réfléchi que les autres titres de cette liste, il n’en demeure pas moins abouti dans son registre. Un vrai morceau de groupe, histoire de rappeler que le Panama Bende est une brochette de kickeurs avant toute chose. L’énergie que l’on sent ici se retrouve, en effet, de morceaux en morceaux, à mesure que le collectif parisien poursuit son irrésistible ascension. Une manière aussi pour moi de mettre à l’honneur des rouages artistiques plus conformes au rap français plus « street » dans ce classement. Le clip, réalisé par Zéphyr et 5:am est d’ailleurs orienté dans ce sens; à suivre donc…

8-Tour de Pise (Guizmo)

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L’emblème musical d’une période où les choix artistiques de Guizmo étaient imprégnés d’une rage immense. Pourtant, ce morceau est bien plus que l’attaque frontale que beaucoup ont retenu de ces cinq minute. Il s’agit surtout d’un récit personnel et rythmé réalisé par un artiste abimé, en proie au doute et en même temps, tellement passionné. Bien sûr, les tacles sont nombreux et l’on identifie sans mal leurs destinataires, mais ce n’est pas forcément ce que l’on voudrait retenir ici. Autant souligner le caractère brut de cet ensemble instru-texte, et y voir ce qui est sorti de mieux de ces mois de doute où Guizmo a été tellement productif.

7-Putain d’emcee (Sneazzy)

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Le Sneazzy d’avant la notoriété, celui plus discret des années lycée et pourtant déjà porté sur l’égotrip. Encore bien loin des festivals les plus huppés et des instrus enflammés de Hugz, SNZ réalise sobrement le clip en sous-sol, le tout sans excentricité afin d’illustrer au mieux ce couplet unique. Une démarche sans extravagance qui aboutit à un résultat très convaincant, fait de rimes tranquilles et de quelques lignes efficaces. Ces quelques punchlines saupoudrées ajoutent la touche finale de ce qui restera comme un bon avant-goût de la carrière de SNZ. Avec toujours en arrière plan ce coté vantard, à la fois sérieux et ironique, qui dicte encore aujourd’hui une grande partie de ses choix musicaux. A découvrir donc…

6-Good Time (Mothas, Georgio, Tonio, Lomepal )

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Un sample façon chanson française en guise d’introduction, pour un morceau très porté sur la mélodie et la fluidité lyricale. Une nouvelle fois, ce titre figure sur un projet (à savoir Paris South Playa), mais le coté confidentiel du projet justifiait à mon sens un traitement un peu à part. En effet, ce morceau est d’une qualité tout simplement incroyable. Tellement, qu’il est difficilement à concevoir que deux des MC’s présents sur ce titre soient restés dans l’ombre où aient carrément mis fin prématurément à leur carrière. Mothas et Tonio (puisque c’est d’eux qu’il s’agit) sont, en effet, tout à fait au niveau voir même transcendants; tandis que Lomepal et Georgio laissent déjà transparaître leur énorme potentiel. Les flows sont tous incroyablement relaxants, tout en laissant régulièrement place à des coups de génie finement illustrés. Entre l’Inspecteur gadget, Bono et les loups-garous, quelque chose de spécial vient recouvrir le meilleur extrait de cette mixtape tout à fait incroyable. A ce titre, je vous renvoie aussi vers le très bon Reste à l’aise qui figure sur le même projet (et oui, on partage discrètement les bonnes références). Que ce soit l’intégralité de l’EP ou simplement Good Time, on a face à nous un des meilleur ensemble d’une année 2012 incroyablement riche.

5-Playoffs (Alpha Wann)

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Un inédit aux sous forme de freestyle, avec en fond la sortie proche d’un deuxième EP solo. Pour ce qui est du concept, Alpha Wann s’inscrit avec Playoffs dans la tradition qu’il a remis au goût du jour avec 1995, à savoir assurer la promotion d’un projet avec un morceau simple, techniquement irréprochable et très rythmé. Une stratégie qui a fait ses preuves, mais rarement dans une telle mesure ces dernières années. L’instru de Diabi est parfaitement adaptée à la mission du jour, et le MC du quatorzième se sublime, glissant au passage un joli sample sur la sapologie. On connaissait bien sûr sa technique de longue date, mais le format non-conventionnel de cet extrait lui permet d’en donner la pleine mesure (notamment en terme de schémas de rimes). A la fois lisse et très travaillé, le flow est tout simplement indescriptible, mais incontestablement au niveau. Un petit clin d’oeil de Lo’, son partenaire chez Don Dada, et affaire est pliée. Alpha Steph Wann Curry sur les parquets des playoffs, cuvée 2015 bien sûr.

4-Dans ta réssoi (Alpha Wann, Nekfeu)

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Un morceau iconique, que l’on peut considérer à plus d’un titre comme l’un des grands déclencheurs de la montée en puissance de cette génération. Habitué à une vibe bien plus posée, le duo est alors, comme tous les membres de cette nébuleuse, encore à la recherche de son style propre. En forçant un peu leur nature, les deux amis de lycée ont finalement réussi à proposer ni plus ni moins que le premier vrai titre référence de 1995. L’alliance entre l’instru de Juliano et le clip de la 75è session, est elle aussi révélatrice de ce qu’était artistiquement le ninety five à quelques mois de la sortie de La Source: un mariage musical entre ambiance festive et indépendance totale. Des parti pris qui feront date, et qui seront érigés comme principes de base de cet ensemble, encore informel, de rappeurs venus de toutes les zones de la capitale. Outre l’aspect purement médiatique, le morceau dispose d’un coté brut qui prend racine dans l’alliance entre la prod de Juliano et le clip iconique de la 75ème session. On a vu plus haut à quel point J’crame pouvait être considéré comme la naissance du phénomène Lomepal, on peut tirer ici un parallèle pour le duo; tout en gardant en tête que le bouleversement est plus global et s’étend aussi aux modes de diffusion. C’est en effet le premier gros succès internet hors du circuit classique. Une diffusion directe entre artistes et public qui deviendra une autre norme dans cette période de grande (r)évolution du rap français.

3-Homme de l’ombre (Georgio)

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Le classique de Georgio sur l’ensemble de son début de carrière. Une gifle sur tous les plans, directement inspirée du classique éponyme intemporel de Lunatic. Puisqu’il faut bien commencer quelque part dans l’analyse de ce monument, on peut revenir sur l’instrumentale tirée de la B.O. de The Eye. Le sample est parfaitement adapté à l’ambiance que souhaitait transmettre le rappeur le plus polyvalent du dix-huitième arrondissement; à la fois simple et triste, il est la base technique d’un morceau pourtant très textuel. Le texte ? On y vient. Un ensemble de deux couplets frappants, lucides et déprimants entrecoupés de samples forts tirés de Homme de l’Ombre (celui de Mauvais Oeil). Il est en réalité difficile de mettre des mots sur une composition aussi mature; surtout lorsque l’on réalise qu’elle est l’oeuvre d’un artiste de dix-neuf ans. Le clip assez original vient ponctuer cette introspection digne des plus grands, nous offrant au passage un regard décalé sur les rues du dix-huitième. En bref, c’est un coup de coeur total qui a offert à l’artiste une certaine renommée et appelé à une continuation du même acabit. Pour la suite, A l’abri et Paris North Face feront office de très bons projets et lui permettront de s’imposer définitivement sur la scène parisienne. Pour ce qui est du niveau global du titre, Homme de l’ombre est voué à rester encore longtemps au sommet de la discographie de notre Georgio national.

2-Flingue et Feu (Alpha Wann, Nekfeu)

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On entre dans la zone où il devient difficile de transmettre à l’écrit l’émotion et les caractéristiques techniques de morceaux qui frôlent la perfection dans leurs registres. Flingue et Feu est, ainsi, infiniment plus qu’un simple duo sur Face B que les droits d’auteurs auraient forcé à laisser de coté. C’est même la meilleure vitrine du savoir faire technique de deux artistes qui auront le plus marqué le rap indépendant depuis 2011; un modèle de mise en forme sur toute la ligne. Sur fond de Big L, on reste estomaqué par la qualité des passages de témoins entre Nek et Phaal. Des aller-retours continuels et pris au rebond qui sont assurés grâce à des backs solides et un format qui laisse des formes de mini-interludes entre chaque couplet. Alpha Wann est bien trop loin ici pour envisager une quelconque concurrence, tandis que les multiples clins d’oeil amenés par son acolyte sont tout autant de bonnes initiatives. Ferme la fenêtre, dehors Paname crame vraiment.

1-64 Mesures de spleen (Jazzy Bazz)

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La première place de cette liste revient logiquement à Jazzy Bazz pour son meilleur solo, 64 Mesures de spleen. Les plus passionnés d’entre nous vibrent d’ailleurs rien qu’à entendre les premières notes de la prod légendaire piquée à Miilkbone. « Comme tous les soirs j’ai le spleen, envoyez le style », la première ligne raisonne encore dans les esprits, que la mécanique du morceau se met déjà en place. Une machine implacable qui nous emporte sans peine entre les rues du XIXè arrondissement et celles de l’Argentine des dictateurs. 64 mesures devenues légendaires aussi grâce à des lignes d’une poésie rare. Lignes qui viennent se glisser entre celles, tout aussi marquantes, tournées vers la description très personnelle d’une routine amère et violente. Le sol jonché de feuilles comme à l’automne se dessine dans notre esprit, et c’est déjà la fin de ce couplet unique à l’envergure XXL. On finit donc cette liste sur un dernier moment de bonheur musical. Allez, vous vous laisserez bien tenter par un nouveau tour ?

Bonus: L’Homme de l’ombre II (Alpha Wann), Time (Sopico), Hail Mary (L’Entourage), Les types de l’est (Lucid’, Moken), A la trappe (Lomepal, Nekfeu), La main sur le mic’ (Nekfeu), Roi du monde (GLGV), Le bonheur est surprenant (Lonepsi), Addictions (Deen Burbigo), Fichu/Flex (Django), No Type (Sneazzy, Nekfeu), La ville (BPM),…