Après avoir balayé le début de carrière d’Hologram Lo’ en première partie, nous nous penchons cette fois sur sa période de pleine maturité artistique. Puisqu’il fallait bien trouver un début un peu arbitraire à cette nouvelle phase de son évolution musicale, nous avons décidé de nous fixer sur les mois ayant suivis la sortie de l’album Paris Sud Minute. Année 2013 donc, marquée par la création de Don Dada, la sortie du premier EP professionnel de Georgio, ainsi que par le succès du premier album estampillé S-Crew. Une année marquée, enfin, par la confection d’Alph Lauren I en très étroite collaboration avec son partenaire d’1995 et co-fondateur de label: Alpha Wann.
Décryptage de quelques projets parmi les plus iconiques des dernières années, notre étude cherchera surtout à expliquer et à contextualiser les grandes lignes donnés par Lo’ à son oeuvre. Nous irons ainsi, d’inédits méconnus en albums plébiscités par le public et la critique… sans jamais perdre de vue l’empreinte laissée au fil du temps par cet ensemble dont on oublierait presque le caractère avant-gardiste pour l’époque.

« Soleil d’hiver, c’est d’trouver de l’espoir dans des rêves brisés »- Georgio (Soleil d’hiver)

Début mai 2013, sort ainsi le premier EP largement diffusé de Georgio. Après s’être essayé à plusieurs atmosphères différentes à l’occasion de son projet Une nuit blanche des idées noires (2011) et de l’EP gratuit Mon Prisme (2012); le rappeur du XVIIIè arrondissement exprime littéralement son souhait de franchir un cap avec le morceau éponyme Soleil d’hiver (pour les miens).

« Actuellement, ça fait un bout d’temps que j’maîtrise la rime
Grâce à Hologram’ Lo, j’vais peut-être sortir de ma chrysalide »- Soleil d’hiver (pour les miens)

Fidèle à lui-même, Georgio se montre extrêmement vrai sur le projet. Introspectif et interrogateur,  il pose ici les bases d’une carrière articulée en grande partie autour d’un trop grand spleen à revendre et d’une vision du monde sans filtre. Du côté de DJ Lo’, c’est aussi une forme de continuité qui prime dans le choix des compositions. Aérées et sobres, ces dernières s’accordent parfaitement avec le lyrisme du MC’s et le sérieux des thèmes abordés sur sept des neuf morceaux de l’EP. Plus entraînantes, celles réalisées pour les featuring Paris North Face et Sex, Drug & Rock’n’roll jouent elles aussi leur rôle à merveille; apportant un surplus de dynamisme et d’entertainment à un EP qui aurait sans doute paru trop triste sans elles. Comme signature musicale, le DJ d’1995 persiste, dans l’ensemble, à vouloir mêler des éléments assez modernes et synthétiques, à d’autres samples directement inspirés de la culture jazz et de l’ère dorée où l’innovation dans l’utilisation des instruments était là la base de la création. Un bref clin d’oeil au 113 sur Saleté de Rap (histoire de rappeler l’attachement du duo pour l’ancienne école), et les deux artistes pouvaient déjà refermer ou presque cette parenthèse pourtant extrêmement riche, afin de se focaliser sur un avenir de plus en plus dessiné. La collaboration entre les deux hommes aura donc été l’une des plus intéressantes de l’année 2013, confortant le statut de chacun d’entre eux et imposant définitivement Georgio comme l’un des leaders de l’indé parisienne. En guise de preuve, l’incroyable casting réuni autour du Grünt #11; spécialement dédié à la promotion du projet et aujourd’hui encore cité comme référence parmi les différents volumes de la célèbre émission parisienne.

Alph Lauren I et II: Don Dada à l’oeuvre

Par soucis de lisibilité et de cohérence, nous allons devoir briser le déroulé linéaire et chronologique esquissé jusqu’ici. La faute au double EP d’Alpha Wann, dont l’étude est par définition difficilement dissociable. Surtout, il nous semblait important d’évoquer dés à présent la création du label Don Dada, né en 2013 de l’initiative combinée de Lo’, Alpha Wann et Marguerite du Bled. Si cette dernière reste la plus mystérieuse du trio, il est intéressant de constater qu’elle avait précédemment joué le rôle d’unique invité sur l’EP La Suite. Son refrain sur Temps Perdu avait, ainsi, grandement contribué à en faire le morceau rayonnant que nous avons déjà eu l’occasion de décrire à plusieurs reprises.

Comme tous les labels à l’activité concentrée sur un nombre réduits d’artistes, l’évolution de Don Dada est difficile à retracer avec exactitude. Si la structure jouit en effet d’une reconnaissance certaine, elle ne s’est révélée qu’au fil d’un certain nombre de projets, portés notamment par Alpha Wann.
Alph Lauren (premier du nom) devait en effet poser les bases d’une carrière solo tout autant qu’acter en douceur la séparation temporaire du groupe le plus en vue de l’année précédente. Le projet est ainsi introduit par l’un des meilleurs morceaux de la carrière du Phaal, annonçant sans détour son caractère très américain. Au-delà de Flingtro, c’est la variété des huit titres qu’il faudrait retenir, tout comme les nombreuses références dont ils regorgent. Au milieu de ce slalom incessant entre Guinée, tournées et cinéma d’action; Hologram Lo’ parvient à souligner harmonieusement les addictions et motivations du rappeur sur Hydroponie. Il participe aussi à la clôture du projet; orchestrant le premier featuring interne chez Don Dada entre Alpha Wann et Infinit’.

Comme à l’époque d’1995, c’est sur le second EP que Lo’ va prendre une place plus importante et s’affirmer comme le véritable chef d’orchestre du label nouvellement créé. Avec Protocole, Sous marin, Lunettes noires et Alph Lauren; c’est en effet la moitié du projet qui lui est directement confiée. Logiquement plus abouti, ce deuxième maxi solo marque aussi la fin du processus d’apprentissage d’un des emcees les plus talentueux de sa génération. Accompagné par le plus grand beatmaker de sa génération sur la quasi-totalité de son début de carrière; Alpha Wann devrait logiquement renouveler dans les prochains mois sa confiance envers celui qui est devenu entre temps son partenaire de business. Le duo est désormais attendu au tournant par un public connaisseur, conscient que le premier album qui devrait arriver prochainement pourrait rester un bon bout de temps dans les mémoires.

Pour en revenir au label, il est très intéressant de constater que Lo’ a su réunir au sein de sa structure un certains nombre de spécialistes de la composition. En parvenant à s’entourer des meilleurs dans leur domaine, il a ouvert la voie à une collaboration plus systématique entre certaines têtes connues (VM the Don, Diabi, Ocho, LaSmoul) et oeuvré à l’apaisement d’un milieu extrêmement concurrentiel. Avec une telle équipe, nul doute que le futur de Don Dada est déjà assuré derrière les platines

Innercity

En novembre 2014, Hologram Lo’ et Darryl Zeuja (alias Areno Jaz) décident de surpasser leur seule ressemblance physique afin de donner à leur proximité musicale un nouveau souffle. Déjà observée à de nombreuses reprises au sein d’1995, la collaboration entre les deux hommes marque donc un tournant avec la sortie du projet InnercityTrès libre, le duo n’hésite pas à introduire plusieurs dialogues du film « Strays », en guise de fil conducteur, sur l’EP. Oeuvre pleine de clins d’oeil et caractérisée par une atmosphère urbaine rafraîchissante, le long métrage trouve un certain écho dans la réalisation des huit pistes présentées par Hologram Lo’ et Zeuja. Relativement peu diffusées, ces dernières ne semblaient pas, de toute façon, avoir vocation à devenir des tubes nationaux. Un constat qui n’a rien de surprenant, lorsque l’on connaît un peu la personnalité du duo et qu’on se penche sur la démarche conceptuelle mise ici en oeuvre. 

Innercity est donc une nouvelle réussite musicale; que l’on pourrait décrire en quatre mots: urbain, détachement, samples et mélodie. On retrouve en effet chacun de ceux-là dans la liberté dont a pu jouir Hologram Lo’ sur le projet. En témoigne les atmosphères planantes et chaleureuses que l’on constate sur les prods; toujours très marquées par l’utilisation d’éléments instrumentaux empruntés au hip-hop américain d’antan et au jazz.

« Vous avez pas bien saisi l’humeur du jour… Laissez-moi…
Laissez-moi essayer de vous expliquer ce que je ressens… »
 Sample de début d’R.A.P

Deeplodocus, Lexus et Jeep: Lo’ en solo  

Avec Deeplodocus et le début de sa série articulée autour du monde automobile, Hologram Lo’ a aussi su se détacher de son rôle de coéquipier de l’ombre pour s’affirmer en solitaire. Si la rumeur s’avérait vérifiée, au moins trois autres projets de ce type devraient voir le jour. De quoi constater, sans doute, les libertés prises par le DJ parisien vis-à-vis de son milieu musical d’origine. Ici en effet, l’atmosphère est aussi décontractée que possible, le plus souvent planante et avant tout conceptuelle. Si ces EPs auront surtout été mis en lumière par le morceau Rov or Benz, c’est bel et bien leur diffusion feutrée par le label qui en fait un à-côté aux allures d’objets d’art. Et pour cause, leur identité vinyle est pleinement assumée; comme un éloge du sample et un clin d’oeil à une autre décennie. Les nombreux remix dont nous avons été gratifié sont par ailleurs autant de pistes lancées pour le beatmaking français des prochaines années.

Hologrammes et feu d’artifice. 

Enfin, DJ Lo’ a aussi contribué à l’ascension fulgurante d’un autre de ses proches de toujours: Nekfeu. Figures de proue d’une génération indépendante à laquelle tous deux appartiennent, leur entente vieille de plusieurs années devait logiquement trouver un écho dans le début de carrière solo tonitruant du fennek.
Avec Feu, ce dernier a tout d’abord proposé le premier projet bénéficiant d’une diffusion extrêmement large au sein du microcosme sud-parisien. Avec le surprenant (dans tous les sens du terme) Cyborg, il s’est affirmé comme le leader d’une vague d’artistes qui déferlent désormais tour à tour sur l’hexagone. En brisant une à une des barrières d’audience qu’on lui pensaient inaccessible, Nekfeu a indirectement offert une récompense digne de ce nom à celui que l’on peut considérer comme le beatmaker le plus influent de son temps. Preuve de la confiance réciproque installée ainsi que de la qualité existante de part et d’autre de ce duo, le morceau caché disponible à la fin de Risibles amours. Dernier exemple, s’il en fallait une, des progrès effectués et du chemin accompli depuis 2011. Bien sûr, on pourrait revenir des heures durant sur les non-moins importants Time BOMB, Vinyle, Point d’interrogation (ft. Alpha Wann tous deux ),  OD ou Nekketsu. Mais pas sûr que la description que l’on en ferait viendrait apporter un quelconque surplus d’hommage à une carrière qui en mérite bien un.

La suite de l’histoire

Depuis 2015, Lo’ s’est fait plus discret qu’à son habitude. Une légère mise en retrait, qui devrait selon toute vraisemblance précéder un retour sur le devant de la scène dans les prochains mois. Toujours aussi proche d’Alpha Wann, il devrait aussi faire son retour en solo à l’occasion de nouveaux EP aux influences jazz-électro. Il serait cependant impardonnable de ne pas évoquer en quelques mots sa double collaboration avec Doum’s en 2017 (Intro et Zénith) ou avec Sneazzy à l’occasion des différentes versions de DBSS. Outre ces réussites, Lo’ aura aussi su se distinguer dans un domaine plus sombre avec Le Roseau de Jazzy Bazz et Les Nuits Parisiennes de Phénomène Bizness. La suite ne demande donc qu’a être écrite, toujours en provenance des lieux discrets de Paris Sud.

Les compositions d’Hologram Lo’ à connaître:

Souviens Toi- 1995
Ça raisonne- 1995
Bienvenüe- 1995
Paris Sud Minute- 1995
Bonheur suicidé- S-Crew
Hydropnie- Alpha Wann
Alph Lauren- Alpha Wann
Normal- Guizmo
Soleil d’hiver- Georgio
Le Roseau- Jazzy Bazz
Nekketsu- Nekfeu
Time BOMB- Nekfeu
À la trappe- Lomepal, Nekfeu
Sur mes pas- Lomepal, Caballero
Dorian Tyrell- Lomepal
J’vends de la rime- Darryl Zeuja
Sous terrain parisien- Darryl Zeuja
Les nuits parisiennes- Phénomène Bizness