Graphiste de formation, Koria a commencé a shooter le rap français il y a près de dix ans. Retravaillant les pochettes de petits labels dans un premier temps; il s’est imposé au fil des années comme l’un des acteurs incontournables d’un milieu à la reconnaissance croissante. Modérément réceptif à la mise en scène photographique tout au long de son apprentissage, Koria a finalement basculé dans ce domaine pour maîtriser au mieux la confection des pochettes d’album, dont il est devenu l’un des spécialistes. Désormais solidement établi à Paris, il a accepté de revenir avec nous sur cinq de ses plus récentes créations.

Sopico: YË (2018)

Koria: Avec Sopico, nous évoquions depuis un an environ la possibilité de travailler ensemble pour l’un de ses prochains projets. Son identité visuelle m’a tout de suite parlée, d’autant qu’en en discutant un peu avec lui nous nous sommes rendus compte que nous pouvions facilement nous accorder sur une certaine  vision de ce que devait être sa pochette. Après quelques rendez-vous, nous nous sommes mis d’accord sur le fait de shooter cette cover à Tokyo. Malheureusement, la barrière de la langue, les difficultés logistiques et les incertitudes liées à un déplacement aussi lointain nous ont fait reconsidérer cette idée. Lorsque nous avons appris qu’il serait quasiment impossible d’obtenir la moto d’Akira comme nous le souhaitions à l’origine, nous avons cherché à remplacer cet élément que l’on imaginait central par un autre tout aussi mécanique et plus facile d’accès. Finalement, nous avons trouvé un garage qui convenait parfaitement aux alentours de Vitry (94) et récupéré une moto conforme à nos exigences. Les retours sont très positifs dans l’ensemble, c’est donc une réussite.

Panama Bende: ADN (2017)

Sur le shooting de la pochette d’ADN

Koria: Ce shooting a été assez singulier, puisque le Panama Bende est un groupe assez large; ce qui crée nécessairement des difficultés logistiques entre les retards et l’exigence de concentration propre à la réalisation d’une pochette comme celle-ci. Malgré tout, le résultat est satisfaisant car l’installation correspondait à ce que nous recherchions, tant en terme de luminosité que d’ambiance. Je connaissais Aladin auparavant, après avoir travaillé avec lui sur le projet Indigo, et le contact humain a été excellent avec la plupart des autres membres. J’ai depuis réalisé deux autres pochettes pour PLK, et c’est toujours un plaisir de collaborer avec eux.

Deen Burbigo: Grand Cru (2017)

Deen Burbigo par Koria

Koria: Cette pochette date déjà d’il y a plus d’un an, mais la photo reste pourtant intéressante par son côté clivant et cinématographique. La mise en scène a vraiment été pensée en binôme avec Deen, qui avait beaucoup d’idées et tenait absolument à cette fameuse ambiance de film dont il aime jouer. Si notre première collaboration (pour Fin d’après-minuit ndlr) avait débouchée sur une photo en plein air, l’installation ici à été largement étoffée. Je souhaitais travailler en lumière continue, et limiter au maximum les interventions en post-production. De ce fait, tous les éléments, de la cabine à la neige, sont réels…

Médine: Storyteller (à paraître, 2018)

Koria: Pour cette pochette, Médine souhaitait sortir un peu de l’aspect conceptuel que nous avions recherché sur ses précédents albums. Pour cela, il souhaitait absolument mettre en avant sa ville d’origine, paradoxalement peu mise à contribution dans son identité visuelle depuis le début de sa carrière. Nous avons donc choisi l’iconique port du Havre comme lieu de shooting, notamment en raison de la puissance qui s’en dégage. Le lieu étant privé, nous avons rapidement été rejoins par un hélicoptère qui s’est mis à survoler notre zone. A cela il a aussi fallu ajouter l’arrivée de la pluie, qui a entrainée une glissade de près de 20m pour Médine et une réception plutôt brutale. Cependant, il tenait absolument à escalader de nouveau la structure et j’ai réussi à capturer le côté grandiose de la scène grâce à un point de vue assez lointain. Cette expérience assez atypique a été rapidement interrompue par l’arrivée de la police, mais nous sommes très heureux d’avoir la photo qui correspond à notre réflexion dans le lot. Le plus important était finalement de redécouvrir les lieux industriels les plus iconiques du Havre, que l’on finit par ne plus vraiment voir à force de les côtoyer….

JUL: Je ne me vois pas briller (2017)

Koria: Pour l’album Je ne me vois pas briller, JUL souhaitait une pochette assez simple. Durant le shooting, alors qu’il pensait plutôt à une photo assez épurée de lui-même, je lui ai suggéré de s’entourer de gens qu’il côtoie chaque jour afin de mieux coller au titre de l’album. Il a souhaité prendre un peu de recul par rapport à ces deux possibilités, et quelques jours plus tard je suis retourné à Marseille pour le photographier une seconde fois entouré de ses collègues. Le fait qu’il soit noyé dans cette masse nous plaisait, d’autant que Le Rat Luciano et Bengous y figurent au même titre que de nombreux anonymes venus se greffer au fur et à mesure du shooting. Nous avions d’ailleurs eu l’idée de garer une camionnette derrière les premières rangées, afin de donner de la hauteur aux autres et conserver le « format pochette » imposé. Evidemment, il a été très difficile de capter l’attention d’autant de personnes dans un climat aussi bon enfant et je n’ai eu que quelques minutes pour shooter avant qu’un craquage de fumigène ne vienne disperser tout le monde. Quoi qu’il en soit, cela reste un super souvenir et nous avons fait le choix d’ajouter Notre-Dame-de-la-Garde en fond, en post-production, que nous trouvions plus iconique visuellement que le bâtiment d’origine.

 Merci à Koria pour sa coopération.