Nous avons rencontré Haristone à l’occasion d’un concert à Lyon. Discussion autour d’un univers hybride en constante évolution.

Bates Motel, ton premier projet est sorti y’a plus d’un an maintenant. Peux-tu nous parler de cette expérience et de la façon dont il a été reçu par le public ?

Je trouve que le projet est une bonne carte de visite parce que j’ai pu montrer ce que j’étais capable de developper au niveau de la direction musicale que je souhaite emprunter. Bates Motel est donc une sorte de travail personnel, qui m’a permis d’explorer plusieurs registres et thèmes assez éloignés.
L’accueil réservé par le public a été plutôt bon selon moi; mais je pense que la spontanéité et la libération de l’écriture n’étaient peut-être pas les mêmes que sur OFF. Je garde un très bon rapport à ce que j’ai fait sur ce premier essai, mais je pense que la direction prise sur le nouvel EP fait qu’il parlera sans doute à un public plus large.

Tu fais ton retour avec OFF, ton processus créatif a t-il changé comme tu le laissais entendre à l’instant?

Complètement; là où Bates Motel a été conçu en deux années environ, nous avons enregistré les dix pistes de OFF en un mois à peine. Les retours sur des inédits comme J’me fais vieux m’ont fait comprendre que le public était réceptif à ce que je pouvais faire lorsque je me lâchais plus franchement qu’avant. Comme je le disais, placer la spontanéité au centre du processus, tout en écartant certains calculs que je pouvais faire en terme d’image, a quelque peu changé ma façon de faire de la musique.

Justement, tes morceaux sont assez proches du Rn’B dans leur atmosphère tout en comportant un certain nombre de punchlines. Est-ce un moyen de concilier le chant avec une identité textuelle plus proche du rap « classique » ? 

Grave ! Il faut cependant garder à l’esprit que l’autotune est bien moins présent sur OFF que sur Bates Motel. On a essayé de moins miser dessus et de travailler plus autour de ce que je pouvais faire avec ma voix, justement pour trouver cet aspect plus naturel que j’évoquais.

Pour ce qui est des créations à la frontière entre hip-hop et chanson, je pense que cela relève plus de ma personnalité et de la génération artistique à laquelle j’appartiens. Quand j’ai découvert le rap, j’écoutais beaucoup d’artistes dont les textes n’étaient pas forcément très « conscients » mais étaient très travaillés au niveau de l’impact des rimes. Comme j’ai écouté énormément de Rn’B, je suis assez sensible au chant et à la façon que certains ont de lier ces deux mondes. Mélanger un peu ces univers me parle donc beaucoup.

On imagine bien-sûr que tu as des projets pour 2018…

En effet, je bosse déjà sur mon prochain projet. Je suis en plein dedans, et ai déjà commencé à enregistrer quelques maquettes tout en réunissant des idées pour donner une direction qui soit dans la continuité de OFF. Je vais essayer de me livrer encore plus, et de trouver des atmosphères encore plus uniques. J’ai une collaboration qui va se faire en février, et il y a un featuring avec Lord Esperanza que l’on a enregistré et dont je suis très content. Pour le reste, le public le découvrira au cours des prochaines semaines.

Comment te situes-tu par rapport au, très riche, paysage du rap français actuel ?

Je trouve qu’il y a un vrai âge d’or du rap francophone en ce moment, notamment en raison de l’apaisement d’un certain nombre de tensions et de rivalités qui ont été un frein artistique par le passé. J’aurais du mal à me situer dans des catégories, d’autant qu’elles évoluent constamment et que je ne pense pas avoir fini d’évoluer. J’aime assez l’idée de proposer des projets assez variés, il n’y a pas de raisons que cela change en 2018.

Y a t’il a des artistes avec lesquels tu penses collaborer prochainement, on t’as notamment vu avec des mecs du Panama Bende ? 

Avec le Panama Bande il n’y a pas encore de projet de collaboration à proprement parlé, mais on devrait se retrouver sur un morceau qui apparaîtra en février sur le projet de Ghost Killer Track. Pour le reste, hormis le featuring avec Lord Esperanza, il n’y a pas de morceau déjà prêt.

Comment pourrais-tu définir ta relation avec Hayce Lemsi 

Nous sommes assez proches, d’autant que l’on s’est connu dans la musique. Il y a donc toujours eu un lien entre artistes en plus du côté humain. Il m’a donné une vrai force, m’a conseillé régulièrement,.. Il n’a pas vraiment pris le rôle de grand frère, mais plutôt celui du gars qui veut me montrer la route tout en me laissant faire mes trucs. C’est le genre de lien assez important pour un artiste qui débute.

Il y a de nombreuses références cinématographiques dans tes textes, mais au-delà de ce seul aspect, as-tu été particulièrement inspiré par d’autres formes d’art qui auraient un impact sur tes créations ? 

Cinéma mis à part, les mangas font partie du personnage de Stone. J’ai même tendance à voir le rap comme une forme de manga, avec ses personnages et ses univers suffisamment nombreux pour que tout le monde puisse trouver quelque chose qui lui corresponde. Même le côté concurrentiel du rap pourrait être l’objet d’un manga, alors que cette concurrence est bien plus saine depuis quelque temps.

Tu sembles accorder beaucoup d’attention à la mode et au streetwear, as-tu en tête quelques pièces ou collaborations qui t’ont marquées sur les derniers mois ? 

J’ai beaucoup aimé ce que North Face et Supreme ont fait ensemble en 2017. On sentait, selon moi, que North Face avait vraiment pensé la collaboration comme un temps fort de l’année et que Supreme avait joué le jeu. Pour le reste, j’ai parfois l’impression que l’on vend des collabs Supreme uniquement pour Supreme et son image de marque assez unique en ce moment. J’ai senti que le travail TNF x Supreme comportait un intérêt assez semblable à celui des précédents partenariats entre les deux marques donc ce sont ces pièces que je garderai en mémoire.

Jusqu’où pousserais-tu la comparaison avec Sanji, ce personnage emblématique du manga One Piece ?  

Nous partageons un côté assez galant, bienveillant de temps à autre. Même si je suis pas toujours aussi exemplaire que cela, je ne suis jamais volontairement méchant; plutôt maladroit de temps à autre (rires). En plus, il a vraiment un côté perfectionniste quand il cuisine; comme pour le projet OFF où l’on a cuisiné 10 titres et que 10 titres sont sortis. Sanji, c’est un peu l’assaisonnement, la dernière touche…