Le rap français a vécu ces dernières années une transformation inédite, avec le développement d’une génération indépendante capable de proposer un contenu de qualité sans avoir à investir des sommes considérables. En effet, l’avènement des réseaux sociaux mais aussi la multiplication des acteurs dans le monde du rap a permis à une multitude de groupes de se lancer; le tout avec plus ou moins de succès. Lieu clé de ce phénomène, Paris, a vu naître un nombre incalculables de projets aux tonalités et réussites différentes. Pour mieux comprendre cet engouement durable pour ce type de contenu, nous avons pu interviewer l’un de ces groupes, le duo Blaiz et Vaga. Originaires de Boulogne, les deux jeunes MC’s ont détaillé pour nous l’ensemble des éléments touchant de près ou de loin au nouveau type de rap proposé la jeunesse parisienne. Une interview extrêmement instructive…

Pour commencer quand est-ce que vous avez commencé à rapper ?

On a commencé à écrire vers 14 ans, honnêtement c’était pas super réfléchi comme démarche. On essayait juste de faire quelque chose de pas trop mauvais, comme tous ceux qui débutent en fait. Vers 15 ans par contre on a commencé à faire des trucs sur instrus. On s’est connu en seconde, nous avons rapidement commencé à parler de rap puis à trainer ensemble.

Votre premier morceau ?

On avait fait quelque chose de légendaire (rires): on a enregistré avec le micro de la tante de Vaga, qui devait valoir maximum 20€. Ensuite on a récupéré l’instru du Grünt #2 qui, pour le coup, est vraiment excellente et enfin on a mixé sur Garage Band. C’était vraiment pas pro, mais c’était déjà une expérience. Evidemment le morceau a été retiré depuis.

D’ailleurs vous avez supprimé énormément de vos précédents clips. Pourquoi ?

Franchement, à un moment on a voulu marquer une vraie séparation entre nos débuts et ce qu’on fait maintenant. On n’a absolument pas la prétention de dire qu’on s’est fait connaître depuis, ou que notre carrière va décoller sous peu mais on se reconnaissait pas dans les clip. Ni la réalisation ni le côté musical ne nous plaisaient, c’était plus décrédibilisant qu’autre chose avec le recul. Mais ça nous a beaucoup appris, et sur le moment on a toujours été content de sortir ces trucs là… Disons que c’est des bases qui appartiennent au passé.

Vous avez tous les deux sortis des sons en solo. Quel regard portez-vous sur ces expériences ?

Vaga: La vérité, c’est que Blaiz est beaucoup plus productif, il a le temps d’écrire 2-3 morceaux entre le moment où on se met d’accord sur l’instru et le moment où je finis mon texte. C’est ce qui explique aussi l’écart qui existe entre le nombre de sons que chacun sort. Blaiz a beaucoup plus de solos, il travaille plus souvent de son côté.
Blaiz: C’est vrai qu’il y a cette différence de productivité… Cela ne change rien au fait que je préfère sortir mes morceaux avec Vaga, que je préfère bosser en duo. On a des profils assez complémentaires finalement.

Au niveau de l’écriture, comment ça se passe ? Là aussi on sent des différences assez importantes entre vous.

Vaga: J’écris beaucoup à partir de punchlines que je trouve, plutôt que de tout écrire en lien. J’ai une démarche qui relève pas mal du puzzle je pense, il s’agit de placer quelques rimes sympa sans que cela paraisse trop tiré par les cheveux, que ça fasse forcé…
Blaiz: Moi c’est assez différent en effet. J’essaye d’avoir une démarche plus lisse; le texte s’articule souvent autour d’un thème, de quelque chose dont je veux parler en particulier. C’est aussi ce qui nous différencie au niveau de la façon de rapper à proprement parler. Je suis plus dans la recherche de la musicalité, ça se retrouve aussi dans la construction du refrain.

Pour ce qui est de la partie technique (enregistrement, mixage,…). Comment vous vous en sortez en tant que jeunes novices ?

Au départ, on enregistrait dans un petit studio sympa à Argenteuil. On a fait quelques sessions là-bas, puis Blaiz à rencontré des membres de la GLGV qui nous ont mis en relation avec un ingénieur du son qui s’appelle Nika. Il est basé à Saint-Denis, et on enregistre avec lui depuis. C’est l’un des immenses avantages de venir de Boulogne: on a tout ce qu’il faut à proximité, beaucoup de contacts et le bouche à oreille est très fort ici.

Au niveau des clips, vous retrouvez la même facilité liée à votre proximité immédiate avec Paris ?

Oui tout à fait. Au départ nos clips étaient réalisés par des amis qui voulaient se spécialiser dans l’audiovisuel. C’était vraiment sympa d’avoir des contacts gratuits et plutôt doués prêts à travailler avec nous. Par la suite, on a décidé de se tourner vers un réalisateur qui nous permettrait de trouver un effet plus hip-hop, d’avoir moins recours à des plans fixes. Il était très bon, mais le problème c’est qu’il s’est recentré sur ses études, est qu’il est très occupé depuis. Du coup, on a un nouveau clip-maker, Pierrick SUU, qui est hyper fiable et dont le travail est très soigné. Pour être honnête, on aurait jamais pensé avoir ce type de rendu avant d’avoir plus d’audimat. C’est important pour nous d’avoir de beaux clips, surtout qu’on en a payé un seul depuis le début. Elle est loin l’époque où on tournait avec une Go Pro (rires)

Autour de vous, et à Paris en général, beaucoup de jeunes signent des sortes de mini-contrats. C’est quelque chose qui vous attire ? Quel est votre regard sur cette pratique ?

Il faut bien rappeler qu’ici, on parle de contrats avec des gens plus ou moins professionnels. Ce ne sont pas des contrats en labels classiques ou des accords passés avec des grosses structures. Non, ce phénomène associe surtout des gens qui gravitent autour du rap en général (professionnels de la technique ou de l’événementiel), et qui souhaitent jouer un rôle dans la carrière d’artistes qui débutent. De notre côté ce n’est pas à l’ordre du jour, ça demanderais un gros feeling et entraînerait des contraintes artistiques dont on ne veut pas forcément. L’objectif pour nous c’est de façon assez évidente de percer en indépendant, même si la concurrence est très rude et que c’est encore plus dur sans ce type d’aide. Après honnêtement, si l’occasion se présente, on y réfléchirait quand même…

Comment est-ce que votre démarche a évoluée depuis vos débuts ?

Blaiz: Je pense qu’on est plus pro dans l’attitude à adopter. Bien sûr, je ne prétend pas qu’on ait atteint un stade de reconnaissance ou de production énorme, mais on pense beaucoup plus souvent au rap et à ce que l’on veut faire. Je peux passer des heures à chercher des instrus, à écouter ce qui se fait en France pour améliorer la qualité globale de nos morceaux, ce qui ne m’arrivait jamais avant.
Vaga: C’est clair qu’on écoute énormément de rap français, on est même presque uniquement là-dedans. On s’inspire modestement de trucs très variés

Vous avez un projet plus formel pour les prochains mois ?

Blaiz: Oui je vais sortir un EP de sept titres le plus vite possible. Je l’avais annoncé pour mai, mais il y a le bac (rires). Disons que je vise le début de l’été.
Vaga: Moi très franchement ça me dérange pas de rester comme ça, à sortir des sons de temps en temps; ça permet de s’aguerrir encore un peu. C’est certain qu’il y aura un projet mais je cherche encore à développer un peu ma technique et à trouver mon propre style.

Êtes-vous êtes intéressé par des plateformes comme Haute Culture du coup ?

Blaiz: Je pense que mon EP sera sur Haute Culture oui. Après pour ce qui relève de l’écoute personnelle, je préfère SoundCloud et YouTube; même si il existe quelques perles sur les plateformes de ce type, où tout le monde peut déposer un projet. En revanche, je prévois de clipper deux ou trois des morceaux du projet, et ce sera forcément posté sur YouTube. Ça reste incontournable.
Vaga: À titre personnel, j’y passe très peu de temps. Et pour l’usage plus professionnel, ce n’est pas encore d’actualité comme je le disais.

Y a t-il des objectifs précis pour Blaiz et Vaga en 2017 ?

Blaiz: Honnêtement, je compte sur l’EP en préparation pour créer une sorte de mini-engrenage. Une opportunité de faire quelques concert, et de gagner un peu d’argent à réinvestir dans un projet plus important. Je ne sais pas si ça se fera, mais c’est une forme d’objectif oui.

En parlant de concert, vous avez des opportunités ?

Oui, on a déjà fais quelques scènes. Notamment avec P-Dro, un ami qui est un peu plus expérimenté à ce niveau. C’est encore quelque chose de rare pour nous, mais on est déjà un peu plus détendus au moment de monter sur scène (rires). Récemment on a été contacté pour un showcase début février. C’est le genre de possibilités qu’on adore, à la fois un moyen de passer un bon moment et d’engranger un peu d’expérience.

Merci à Blaiz et Vaga pour leur collaboration.