Un an dans les écouteurs de Léo 

Entrer dans la légende; Akhenaton (1997/2001)

Il existe bien une première version de ce titre sortie sur une instru différente en 1997, mais on parle bien ici de celle tirée de Sol Invictus. Si Entrer dans la légende est certainement le meilleur extrait du second album de Chill, il doit son statut à la qualité globale incontestable de la composition. Une prod’ entêtante, deux samples magiques récupérés dans la discographie des Chiens de Paille, et un thème excellemment mis en forme donnent donc son ADN à ce classique. Le texte étonne par la maturité et le recul qui le traverse, et ce, malgré le jeune âge du marseillais. Inutile de rappeler quelle est sa place dans l’histoire du rap français… Akh est définitivement dans la légende.

Mortel Poison; IPM/Ärsenik (1998)

IPM, sur les quais de l’ancienne gare St Paul

Le duo lyonnais IPM a invité, en 1998, les deux frères les plus célèbres de la old school pour une collaboration trop souvent oubliée. Transcendés par une instru à la fois classique et puissante, les quatre MC’s proposent ainsi un morceau des plus convaincants. Malgré le niveau élevé de ses compères, Lino semble tout de-même un ton au-dessus, ne serait-ce que pour l’usage tout à fait parfait qu’il fait de son célèbre « tch tch »; gimmick véritablement au service de son couplet. C’est d’ailleurs ce que l’on peut retenir de ce titre: l’usage intelligent de la technique des deux duos de rappeurs afin de proposer quatre couplets aussi sombres que forts. La connexion entre les deux villes lumières devrait vous plaire.

92i; Lunatic/Malekal Morte (2000)

92i n’est rien de moins qu’un monument sur la tracklist d’un des albums qui aura le plus compté dans l’histoire du hip-hop français. Maintenant que le décor est posé, on peut s’attarder sur l’instru puissante et sombre qui donne une atmosphère particulière à ce featuring entre deux des groupes les plus iconiques des Hauts-de-Seine. Plus habitués à voir Mala poser aux côtés des monstres que sont Booba et Ali en 2000, on en oublierait presque la force que donnent Bram’s et Issaka au morceau. Booba est lui au sommet de son art, avec un couplet légendaire que je considère comme le meilleur de sa carrière. Evidemment, ce titre reçoit le statut de classique, le mélange des genres et des techniques étant particulièrement remarquable.

Le monde est à moi; Passi/Akhenaton (1997)

Tout d’abord on remarque la connexion qui existe avec la liste de Tristan sur ce point, mais cela permet d’enfoncer le clou. Ce titre est tout simplement fabuleux. Sa grande force est la prod géniale qui convient parfaitement aux deux MC’s au charisme débordant. Lancés dans un récit très fort d’une vie rêvée qui mêle gloire, argent et banditisme à l’italienne, Passi et Akhenaton ont rarement été aussi éloquents. Le style de Passi, plus technique qu’auparavant est tout à fait impressionnant. Outre les multiples allitérations que comportent ses deux couplets, c’est sa capacité à rebondir sur les refrains et les rimes de son acolyte qui impressionnent. Tellement de références traversent ce texte, qu’il serait impossible de les citer toutes avec autant de puissance que les deux membres d’IAM et du Ministère AMER; alors on se contentera de saluer l’esprit global et le récit façon Scarface. « Tu nous teste on te tanne/Tu conteste on te canne » lance réellement le morceau; quelques lignes plus tard le monde est à eux.

Caballero; Foume ça (2013)

Ce qui est bien avec le MC belge, c’est qu’il a toujours proposé des instrus extrêmement entraînantes. Celle-ci, est à la fois douce et simple; dans la continuité de ce qu’il proposait avec Lo’ et Lomepal sur Le Singe fume sa cigarette. Très agréable à l’oreille, ce titre est ponctué de quelques clins d’oeil cinématographiques forts sympathique. Toujours aussi porté sur l’égotrip et l’herbe, Caba reste fidèle à lui-même et mise tout sur l’attitude au moment de poser ces lignes. Un texte traversé par la recherche de rimes mélodieuses donc, et une vraie réussite lorsqu’il se marie à la prod’. BX bougeait déjà bien avant Bruxelles arrive et les dégâts engendrés à cette occasion, comme le montrent les multiples exemples de réussite enregistrées de l’autre côté de la frontière à cette époque.

Grünt #11; feat Georgio, L’animal, Nekfeu, Alpha Wann,… (2013)

Pour moi, le meilleur des épisode enregistré chez Grünt. Costo, chargé des instrus a rarement semblé aussi inspiré et nous propose donc perle sur perle, le tout dans une atmosphère qui semble tout droit venue d’outre-atlantique. Les écarts assez forts de niveau qui existent entre les MC’s s’atténuent pour offrir un résultat lisse, et par la même occasion assurer parfaitement la promotion de l’EP commun de Georgio et Hologram Lo’ Soleil d’hiver. Il y a de vraies découvertes parmi les rappeurs que le casting cinq étoiles aurait tendance à reléguer au second-plan, ce qui a toujours été une des grandes forces de la démarche Grünt. Evidemment, Georgio, le S-Crew et Alpha Wann profitent de leur statut nouvellement acquis pour se mettre en lumière. Le second couplet de Phaal est d’ailleurs une merveille. On finit sur l’impro incroyable de Georgio, et on s’aperçoit que les 34 minutes de freestyles sont déjà écoulées, assurément trop vite…

Fenêtre sur rue; Hugo TSR (2012)

Cette liste, est aussi l’occasion de rappeler que Fenêtre sur rue est certainement le plus grand titre du rappeur/graffeur de Paris XVIIIè arrondissement. Celui que l’on ne présente plus nous offre des couplets désabusés et sans détours sur la pauvreté et l’ennui qui rongent son environnement. Le tout, pour un résultat tellement brut que l’on croit même voir les bâtiments gris qui font face à cette fameuse fenêtre. Le sample malicieux, clin d’oeil à Fenêtre sur cour d’Alfred Hitchcock, annonce d’ailleurs parfaitement le jeu d’observation qu’entame Hugo dés les premières lignes. « J’regarde pas la télé, moi j’ai mieux qu’ça j’ai ma fenêtre » pose t-il d’emblée comme pour mieux décrire sa démarche. Finalement, c’est de cela qu’il s’agit: d’une histoire humaine et triste, récit d’un terrain qui a vu naître quelques unes des plus grandes plumes de la région parisienne (Doc Gynéco, Scred Connexion, Georgio,…). Aussi morose et brut dans le texte que poétique dans l’esprit, ce titre serait l’incarnation parfaite de l’expression « cinéma musical ».

Awé; High Five Crew (2015)

Un morceau très fort, devenu légende de YouTube. Non pas que le High Five Crew ait explosé les compteurs avec ce titre (malheureusement), mais il quitte la plateforme et y réapparaît quasi-quotidiennement depuis sa sortie. Une histoire de copyrights qui lui donne aussi son charme, puisqu’il n’existe que dans les profondeurs d’internet et bien au chaud dans les téléphones des fans. Un régal de technique là-aussi, avec un excellent départ et un couplet posé en anglais au top.On vous laisse trouver votre propre version, et on en redemande; d’autant que le phénomène H5C prend de l’ampleur ces derniers temps. Une histoire à suivre.

Toucher l’horizon; Oxmo Puccino (2004)

Le Cactus de Sibérie est un chef d’oeuvre, que les générations suivantes redécouvriront sans doute avec un immense plaisir. Si les classiques se bonifient avec l’âge, Toucher l’horizon ne déroge pas à la règle tant l’instru de Dj Duke nous paraît moderne treize ans plus tard. L’atmosphère joyeuse et bon enfant qui se dégage de chaque couplet en fait aussi un hymne à la vie comme les aime tant cet immense artiste qu’est Oxmo Puccino. Hors du temps, hors norme, le poète conservera toujours une place à part dans le coeur des adeptes.

Foufoune Palace; Luidji (2016)

Luidji a bien évolué depuis 2014 et son premier EP Station 999. Plus sûr de lui, il n’hésite pas à assumer un style plus chill, dans la lignée de ce qui peut se faire aux Etats-Unis actuellement. Moins attiré par la complexité de construction que par la petite ligne qui reste en tête, le rappeur d’Issy-les-Moulineaux applique parfaitement cette recette sur son single sorti en février dernier. Entre rimes drôles, ou à la limite du salace et instru entêtante, Luidji aura su convaincre assez largement. Disons qu’il possède un truc à part qui en fait là-aussi un artiste à suivre avec attention; d’autant qu’il reste toujours très polyvalent et à l’affut de nouvelles influences. De quoi faire cesser les comparaisons incessantes avec Joke notamment.